Un champ jonché de morceaux de plastique et de verre. C’est le triste constat qu’a fait un badaud à Meung-sur-Loire (Loiret), en se promenant, dimanche, sur les bords de Loire. Face à cette catastrophe écologique, les réseaux sociaux s’enflamment et l’agriculteur est montré du doigt. À tort.

Un jeune agriculteur accablé à tort

Le jeune agriculteur, qui loue cette parcelle de 1,8 ha depuis 2009, l’a simplement labourée après son interculture. Les pluies abondantes de cet hiver ont fait remonter des milliers de détritus. « C’est un voisin agriculteur qui m’a prévenu. J’ai appelé la mairie pour trouver une solution, mais l’affaire tournait déjà sur Facebook. Avec des horreurs sur mon compte… Je sais que je n’y suis pour rien, mais je n’ose même plus retourner dans mon champ ! »

Du compost… de plastique

Cette pollution s’expliquerait par un épandage de compost datant des années quatre-vingt-dix. Un bouchon d’une bouteille de soda de 1993 a été retrouvé par la Dreal, venue faire des analyses. À l’époque, l’ancienne usine de traitement des déchets de l’agglomération d’Orléans, la SAB, souhaite promouvoir le tri sélectif et l’épandage de compost. Mais les particuliers n’ont pas l’habitude et jettent tout et n’importe quoi. Le compost urbain qui en ressort, bien que répondant aux normes de l’époque, est rempli de plastique.

Xavier Girard, chef du service de l’agronomie à la chambre d’agriculture se souvient. « Au départ, il y avait un certain intérêt pour cette nouvelle source de fertilisation, notamment pour les matières organiques. Mais nous nous étions déplacés pour voir sa composition et faire quelques tests. Au final, nous avions déconseillé aux agriculteurs de l’épandre. »

La République du Centre, le journal local, indique que dans ses archives, un article montre la réticence de la majorité des agriculteurs pour épandre ce compost, même gratuitement : « Gardez vos déchets nauséabonds pour vous ! », lançaient-ils. Mais pas tous…

Pas un cas unique

Combien de parcelles ont été amendées avec ce compost urbain ? Dans le Loiret ? En France ? Dans la Région du Centre-Val-de-Loire, plusieurs usines de traitement de déchets utilisaient ce procédé (Vierzon, Choussy, Vendôme, Bourges). Il y a trente ans, on en dénombrait environ 80 en France. La plupart ont fermé dans les années 2000.

Certains champs amendés avec ce compost ont été suivis par les usines de déchets pendant 20 ans. Sans jamais arriver à un tel résultat. La parcelle de Meung-sur-Loire aurait peut-être servi de lieu de stockage, avant les épandages… Depuis la médiatisation de l’affaire, d’autres cas ont déjà été signalés (Beaune-la-Rolande, Saint-Cyr-en-Val, Cléry-Saint-André…).

La mairie de Meung-sur-Loire, la DDT et la chambre d’agriculture cherchent maintenant une solution pour supprimer ces milliers de morceaux de plastique qui peuvent être enfouis jusqu’à 30 cm ou voler au gré du vent, à quelques mètres de la Loire.

Aude Richard