Le terme « entrepreneur » étonne tellement le journaliste d’Europe 1, qu’il bute dessus : « Le mot n’est pas encore rentré dans le… hésite Frédéric Taddeï. Personne ne parle aujourd’hui d’entreprise agricole ! » Pour Patrick Ferrère, c’est pourtant ainsi qu’il faut maintenant considérer les producteurs. « Aujourd’hui les exploitations, même si on ne veut pas le dire, ce sont des entreprises », assène-t-il à l’occasion d’un débat sur la nouvelle politique agricole commune.

Nouveau mot, nouveau métier

L’exploitant devenu entrepreneur a un nouveau rôle à jouer dans la commercialisation. « L’agriculteur doit s’occuper du devenir de son produit, affirme Patrick Ferrère, et prendre conscience qu’il est le premier maillon d’un marché complexe. » La filière ne peut plus, selon lui, prendre toutes les décisions pour les producteurs.

D’où viennent ces évolutions ? Sur son site internet, Agridées désigne les évolutions des politiques agricoles au cours de dix dernières années. « La réforme de la Pac de 2003, qui a acté l’abandon d’une politique agricole fondée sur des prix garantis […], a mis les agriculteurs en prise directe avec le marché, duquel ils doivent à présent tirer leur revenu. »

La qualité, un argument de poids

Aux plans de filière, Laurent Pahpy, analyste à l’Iref (1), préfère les stratégies de marché. Pour lui, c’est aux interprofessions qu’il revient de positionner les produits sur les bons segments, c’est-à-dire de fixer les ambitions de chaque secteur. La qualité devient un argument de poids, citant le comté comme exemple à suivre. « Les producteurs de comté ont trouvé un modèle de compétitivité. »

À l’étranger, c’est la Nouvelle-Zélande qui offre un éclairage sur les possibilités de ce nouveau statut. L’analyste rappelle que le pays a supprimé toutes ses subventions agricoles dans les années 1980. Depuis, il est devenu, grâce aux efforts des producteurs, un acteur incontournable du marché mondial, sans avoir sacrifié la durabilité de ses modes de production.

Nicolas Girod, de la Confédération Paysanne, rappelle que l’idée de compétitivité peut avoir de nombreux visages. Quand elle est évaluée sur des critères économiques, elle ne reflète pas les efforts des producteurs en matière sociale et environnementale.

Ivan Logvenoff

(1) Institut de recherches économiques et fiscales.