Qui se présentent au point d’accueil installation (PAI) ?

Camille Andolfo : Les personnes qui se présentent au PAI ont des profils complètement variés. Elles sont âgées de 18 à 70 ans… Le PAI n’a pas pour vocation de seulement installer les jeunes agriculteurs. C’est une porte d’entrée, pour toute personne – quel que soit son âge, son diplôme, le système de production qui l’intéresse –, qui a l’idée de s’installer en agriculture, et qui a besoin, dans un premier temps, de se renseigner. En général, ceux qui viennent recherchent une exploitation, une formation agricole, veulent connaître les démarches à réaliser pour s’installer, les aides possibles et les interlocuteurs susceptibles de faire avancer leur projet. Le PAI est ouvert à tous, et, de plus, il est gratuit.

Ils ont la quarantaine et voient l’agriculture comme un eldorado.

Voyez-vous venir de nouveaux profils de personnes souhaitant s’installer ?

Nous recevons beaucoup de salariés qui en ont ras le bol de leur situation professionnelle, qui n’a rien à voir avec l’agriculture. C’est un phénomène récent, et qui connaît une forte recrudescence ces dernières années. Ces personnes représentent aujourd’hui à peu près un quart de notre public, la moitié avec les demandeurs d’emploi. Salariées du public ou du privé, elles voient l’agriculture comme un eldorado. Elles ont une quarantaine d’années, veulent à tout prix travailler en extérieur et être leur propre patron. Seulement, elles ont aussi des situations sécurisées, en termes de ressources financières.

Il est donc important, pour nous, de les mettre en garde quand nous les recevons, car elles peuvent se retrouver, du jour au lendemain, face à des problématiques nouvelles comme l’absence de salaire fixe. J’invite surtout ces porteurs de projets à se demander ce qu’ils veulent faire, comment ils veulent le faire et si leur projet va de pair avec leurs besoins personnels, financiers, familiaux… Par exemple, aller s’installer dans les Cévennes quand on a un conjoint et des enfants qui ont l’habitude de vivre en ville, peut paraître très bien pour son équilibre professionnel, un peu moins pour celui du conjoint et de ses enfants. Ce sont des projets à discuter en famille.

À quoi reconnaissez-vous un projet d’installation mûr ?

Rares sont les personnes que l’on reçoit qui arrivent avec des projets bâtis. Mais, globalement, ceux que l’on perçoit comme pouvant s’installer rapidement ont déjà le foncier. C’est la clé. Dans notre département du Gard, nous avons très peu de cultures hors sol. Donc sans foncier, pas d’exploitation. De plus, beaucoup de porteurs de projets n’ont pas de diplôme agricole, ni même de connaissance. Ils ont un loisir, une passion qu’ils souhaiteraient valoriser comme métier. Certains ont parfois les ressources financières suffisantes, mais faute de foncier, ils ne peuvent pas s’installer. C’est le problème de la plupart puisqu’une majorité de personnes arrive au PAI sans foncier.

Le foncier ne se multiplie pas, mais il peut se transmettre.

Le PAI peut-il aider à trouver du foncier ?

Nous n’avons pas pour vocation de trouver du foncier. En revanche, nous orientons vers d’autres organismes avec qui nous travaillons comme la Safer, Coup d’Pousses, le Répertoire départemental à l’installation (mission de la chambre d’agriculture). Dans beaucoup de cas, c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne finalement. Ceux qui disposent déjà de terres ont le plus souvent des parents agriculteurs. Car si le foncier ne se multiplie pas, il peut se transmettre. À condition toutefois, de vouloir se lancer dans la même production que ses parents.

Concrètement, quel accompagnement proposez-vous ?

Toute personne qui souhaite s’installer est orientée vers une demi-journée d’information. Il s’agit d’une réunion collective qui rassemble une vingtaine de personnes. Une présentation générale leur est faite sur le métier d’agriculteur, les règles, les devoirs, les attentes, les postures… Il est possible de venir avec son conjoint et ses enfants.

À la suite de cela, chacun remplit une fiche de renseignement avec ses diplômes, ses objectifs d’installation, la filière dans laquelle il souhaite s’engager. Puis différentes formations sont proposées, de la chambre d’agriculture, de l’AddearG (1), du CFPPA (2)… Toutes ces formations permettent de construire son projet. En parallèle, une rencontre avec un conseiller d’entreprise leur est aussi proposée, pour obtenir du conseil et des préconisations sur l’installation.

Et sur un an, combien de personnes se présentent à l’accueil du PAI ?

Au total, le PAI du Gard reçoit 500 personnes en réunion collective chaque année, et 200 à 300 personnes en entretiens individuels (par téléphone ou physique). Une trentaine sera concernée par la DJA, une quarantaine par une installation sans aide. Certains n’ont parfois qu’une question ou une problématique juridique. Mais, pour tous, pour commencer, il suffit de s’adresser à l’accueil du PAI de son département.

Retrouvez sur le site des chambres d’agriculture, les animations de la Quinzaine de la transmission qui se tiendront du 17 novembre au 5 décembre 2017, dans toute la France.

Propos recueillis par Rosanne Aries

(1) l’AddearG est un organisme de formation professionnelle agricole du réseau de l’agriculture paysanne.

(2) CFPPA : Centre de formation pour la formation agricole.