Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie semble nuancer les annonces de la ministre du Travail, Elisabeth Borne, qui affiche, quant à elle, sa volonté, cohérente avec celle du Premier ministre, de voir réduire le recours au travail détaché dans les secteurs qui en emploient le plus, dont l’agriculture. Elle avait annoncé vouloir réunir les partenaires sociaux à la rentrée sur cette question alors qu’elle se réjouissait de l’entrée en vigueur du nouveau régime européen du travail détaché le 30 juillet 2020.

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« Quand on ne trouve pas suffisamment de saisonniers sur place, on ne va pas laisser pourrir les fruits et les légumes ou ne pas faire les vendanges, donc on se tourne vers d’autres pays où les hommes et les femmes acceptent de venir faire les récoltes en France », a déclaré Julien Denormandie sur Europe 1 au matin du 31 juillet 2020.

«  Elle est là la situation, elle est là la difficulté, on ne peut pas l’arrêter quand il n’y a pas d’alternative, soyons très clairs », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas de position de dogmatisme, de personne, sur ce sujet », a-t-il poursuivi.

L’intention du gouvernement

Le gouvernement compte réduire « de manière réaliste et coordonnée le recours au travail détaché dans les secteurs les plus concernés (BTP, agriculture...) », selon l’agenda social 2020-2021 envoyé par Matignon aux partenaires sociaux. Parmi les mesures dans les tuyaux :  durcissement des contrôles, formation des demandeurs d’emploi dans les branches fortement utilisatrices (agriculture, BTP et industrie), refus des aides publiques pour les entreprises qui y recourent.

« Les différents secteurs devront s’organiser pour former des jeunes, ou des moins jeunes, et réfléchir à l’évolution des conditions de travail pour être plus attractifs, comme dans le secteur agricole », soulignait la ministre du Travail Elisabeth Borne dans une interview aux Échos.

Elle estimait « la persistance d’un recours massif au travail détaché dans certains secteurs ([…] incompréhensible dans une période de fort chômage ».

« Il y a d’autres secteurs (que l’agriculture, NDLR) où, là où, pour le coup, il y a une compétition malsaine entre les travailleurs français et les travailleurs détachés, et c’est ça que pointait du doigt la ministre du Travail et c’est ça sur quoi lutte la ministre du Travail », a, quant à lui, affirmé Julien Denormandie.

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AFP