Le député de la majorité, Olivier Damaisin, a remis les conclusions de sa mission sur la prévention du suicide en agriculture. Vous aviez déjà lancé en février, des travaux sur le même sujet, au Sénat. Allez-vous les poursuivre ?

Dès que j’ai pris connaissance du rapport du député Olivier Damaisin, j’ai immédiatement sollicité un entretien auprès du ministre de l’Agriculture. Je voulais m’assurer qu’il nous laisse le temps de finir nos travaux sur le sujet. Et c’est le cas. Avec la sénatrice Françoise Férat, nous avons été reçus le 3 décembre 2020 par Julien Denormandie qui nous a indiqué qu’il attendrait l’issue de nos travaux pour fixer son plan d’action.

Quand prévoyez-vous de rendre vos conclusions ?

Nos travaux ne sont pas achevés. Nous avons été dans un premier temps bousculés par la pandémie. Puis se sont tenues les élections sénatoriales. Et depuis la rentrée, comme à chaque fois, le projet de loi de finances nous a pris énormément de temps. Notre mission n’est donc pas terminée.

C’est ce sur quoi nous nous sommes entretenus avec le ministre de l’Agriculture, qui s’est montré à l’écoute. Il ne prendra en effet aucune résolution avant la fin du premier trimestre, ce qui nous laisse le temps de poursuivre notre travail. Nous pourrions lui rendre notre rapport à la fin de janvier 2021, nous sommes actuellement en discussion sur le sujet au sein de la commission des affaires économiques.

A lire aussi : Un agriculteur en détresse n’est pas un client (29/09/2020)

Quels sont vos prochains rendez-vous ?

Nous volonté est d’aller sur le terrain, et de rencontrer les familles. Qui mieux qu’elles peuvent parvenir à rendre compte des difficultés ? Je me rendrai jeudi à Marmande, dans le Lot-et-Garonne, pour rencontrer Patrick Maurin qui a fait le tour de France à pied pour dénoncer les suicides des agriculteurs.

Ensemble, nous nous rendrons chez des agriculteurs. Dans le même temps, devant la commission des affaires économiques, ma collègue, la sénatrice, Françoise Férat, présentera, le 9 décembre 2020, une plateforme en ligne sur le site du sénat. Notre but est de recueillir un maximum de témoignages via ce dispositif.

Que pensez-vous du rapport remis par le député Olivier Damaisin ?

Je pense qu’il n’est pas allé au bout des solutions. Certaines propositions me paraissent intéressantes, il faut encore les affiner… Mais ce qui m’intéresse, avant tout, ce sont les résolutions que prendra le ministre de l’Agriculture à l’issue de nos travaux.

Il a notamment été reproché à Olivier Damaisin d’avoir écarté dans son rapport les aspects économiques. Prévoyez-vous d’aborder le sujet ?

Oui, une partie de notre rapport sera consacrée au volet économique des exploitants en difficulté. Au fil des auditions et des entretiens, nous nous rendons bien compte que le modèle agricole est responsable d’une grande partie de ces situations de détresse.

Nous serons donc amenés à parler de ce modèle. L’agriculture intensive, pour garantir notre souveraineté alimentaire à la sortie de la guerre, n’a plus sa place aujourd’hui. Nous prévoyons également de comparer les chiffres du suicide en France avec ceux de pays étrangers.

Nous nous rendons bien compte que le modèle agricole est responsable d’une grande partie de ces situations de détresse.

Quels autres volets allez-vous aborder ?

Nous intégrerons sans nul doute ce que nous évoquons depuis le départ : la nécessité d’apporter davantage d’humanité au sein de la culture administrative. Je suis moi-même agriculteur. Je sais ce à quoi chaque jour mes collègues sont confrontés, ce sont des courriers types qui viennent de l’Administration, de la MSA, des banques…

J’ai d’ailleurs déjà évoqué avec le ministre de l’Agriculture le problème de la MSA, qui à la fois peut nous tendre le bâton et la main selon ses casquettes. Le député Damaisin a plutôt mis en avant la MSA, ce ne sera pas notre cas.

Comment vont se coordonner vos conclusions et celles du député Damaisin ?

On n’est jamais assez à travailler sur le suicide des agriculteurs. Tout simplement, le ministre va attendre la fin de nos travaux pour émettre son plan d’action. Il tirera de ces deux rapports ses propres conclusions. Je ne veux pas prendre en otage les agriculteurs pour régler des comptes politiques, ce n’est pas du tout l’habitude de la maison.

Je suis d’abord un agriculteur au service des agriculteurs. Il existe dans notre pays une Assemblée nationale et un Sénat : c’est notre rôle à nous, parlementaires, de soumettre des rapports et des propositions au gouvernement. Chacun d’entre nous, quel qu’il soit, n’a pas la science infuse.

> À lire aussi : Suicide, agir avant que le drame ne survienne (18/03/2020)

Propos recueillis par Rosanne Aries