« S’affranchir des contraintes stérilisantes du découplage imposé par l’OMC » est la solution, selon le think-tank Momagri (Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture), pour sortir la Pac de « son cul-de-sac ».

Dans une nouvelle édition de son livre blanc, intitulé « Un nouveau cap stratégique pour la Pac », présenté le 30 août, il dénonce à nouveau ce qui s’apparente, selon lui, « à des rentes […] qui enferment les agriculteurs européens dans une logique de traitement social ». Et de plaider en faveur d’un redéploiement de l’essentiel du budget consacré aux paiements directs vers des aides contracycliques (variant en fonction des prix).

Un leitmotiv que le cercle de réflexion appuie dans son nouveau rapport de 90 pages par des simulations menées avec la FDSEA de la Marne et un centre de gestion spécialisé dans la production laitière de l’ouest de la France.

+ 7% de revenus pour les céréaliers

Momagri a testé sa méthode auprès de 600 exploitations spécialisées dans les grandes cultures, situées dans la Marne. Parmi les paramètres de départ : des rendements de 8,5 t/ha en blé, 8,8 t/ha en maïs et 3,4 t/ha en colza pour une surface agricole utile de 113 ha en moyenne, des coûts de production légèrement inférieurs à la moyenne et des niveaux d’aides découplés moyens à l’hectare de 351 € en 2013, qui devraient atteindre 252 € en fin de période, selon le think-tank. Ainsi, après simulation, sur la période de 2015 à 2020, Momagri évalue un revenu courant à l’hectare de 332 € en moyenne contre 310 € avec la Pac actuelle. Soit un revenu supérieur de 7 %. Le niveau minimum du revenu courant serait par ailleurs deux fois plus important (292 €/ha versus 136 €/ha) avec la Pac-Momagri.

+ 23% de revenu pour les éleveurs laitiers

Une autre simulation a été effectuée sur un échantillon de 2 600 exploitations bretonnes, spécialisées en produits laitiers. Il s’en dégage une ferme moyenne d’une surface de 77 hectares (dont 16 réservés aux cultures de vente) avec 59 vaches laitières en production, un coût de production légèrement inférieur à la moyenne nationale, un rendement moyen de 6 957 litres par vache laitière et de 7,2 t/ha pour le blé. Concernant les aides attendues avec la Pac en cours, le montant d’aides découplées à l’hectare devrait passer de 334 €/ha en 2013 à 259 €/ha en 2020, auquel s’ajoutent 34 € d’aides couplées pour les 40 premières vaches laitières à compter de 2015. Ce qui représente un montant total d’aides du premier pilier de 40 € la tonne de lait en 2013, qui devrait baisser à 32 € en 2020.

Résultats : d’après la Pac-Momagri, sur la période 2015-2020, le revenu moyen courant par tonne de lait produit serait supérieur de 23 % (83 € contre 68 € avec la Pac actuelle). Le niveau minimum du revenu courant serait aussi deux fois plus important sous la Pac-Momagri (80 €/ha versus 33 €/ha).

Un budget Pac variable

Suivant le principe contesté d’une grande flexibilité budgétaire interannuelle prônée par Momagri, les budgets de la Pac varieraient de 39 à 65 milliards d’euros sur la période de 2011 à 2020. Une économie budgétaire de 6,3 milliards par an, par rapport aux budgets alloués aujourd’hui, pourrait être réalisée, conclut le think-tank.

Pour rappel, la proposition de Momagri s’appuie sur la définition d’un prix d’équilibre européen correspondant au prix de revient moyen annuel. Pour de petites variations de prix autour de ce prix d’équilibre, il n’y aurait pas d’intervention publique, mais une aide forfaitaire, évaluée en moyenne à 75 euros par hectare. Si les niveaux de prix le permettent, l’UE pourrait ensuite réaliser des opérations de stockage.

Rosanne Aries