À l’occasion de deux débats au Sénat et à l’Assemblée nationale, les 4 et 5 mai 2021, sur la prochaine Pac, Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, a rappelé ses quatre priorités : la compétitivité de l’agriculture, la souveraineté alimentaire, la transition agroécologique et la prise en compte des spécificités des territoires.

Zones intermédiaires, un « sujet de très grande attention »

À plusieurs reprises devant les parlementaires, Julien Denormandie a rappelé sa préoccupation pour les zones intermédiaires. Les 80 000 à 90 000 agriculteurs qui y travaillent ont vu leurs aides amputées par les deux dernières réformes de la Pac, a rappelé le ministre. Leurs montants des droits de paiement de base (DPB) sont inférieurs à la moyenne nationale.

Pour le ministre, il faut éviter toute nouvelle aide des DPB dans les zones intermédiaires. Aussi n’est-il pas favorable au doublement du budget aux paiements redistributifs, qui provoquerait une nouvelle baisse du budget aux DPB dans les zones intermédiaires.

Dans ces zones, l’écorégime aura un effet favorable en répartissant 20 % à 30 % du premier pilier avec un paiement d’un montant moyen national. D’autant que, selon le ministre, les exploitations des zones intermédiaires. répondent souvent aux exigences des écorégimes.

Mais le ministre mise surtout sur l’action des MAEC, jusqu’à présent insuffisamment ciblées sur les zones intermédiaires : « Ce sera le défi de cette Pac. »

Deuxième pilier, l’État devra faire un effort de 700 M€

À cause de la baisse du cofinancement de l’ICHN, qui passera de 75 % à 65 %, il faudrait pour maintenir cette aide à son niveau actuel, un abondement de l’État de 108 millions d’euros par an. Et quelques millions supplémentaires pour accompagner le développement de la gestion des risques et de la conversion bio. Au total, pour honorer ses ambitions pour la Pac, l’État devrait abonder à hauteur de 140 millions d’euros par an pendant 5 ans, soit 700 millions d’euros , calcule le ministre.

Il n’envisage pas a priori d’augmenter les transferts du premier vers le second pilier : « Le premier pilier est la rémunération des agriculteurs. Moi qui prône une Pac compétitive, je n’y suis pas très favorable. »

> À lire aussi : ICHN, MAEC, bio, les scénarios du ministère pour le second pilier de la Pac (05/05/2021)

Une promesse d’écorégimes « inclusifs »

« Des écorégimes inclusifs, ça ne veut pas dire que 100 % des agriculteurs seraient éligibles d’office. Ils devront récompenser des efforts faits, a insisté Julien Denormandie. Encore faut-il qu’ils soient accessibles. » Et sur ce sujet de l’accessibilité, il s’est voulu rassurant.

En revanche, aux parlementaires qui estiment que 25 % du premier pilier pour les écorégimes n’est pas suffisant, le ministre les met au défi de supporter eux-mêmes une telle contrainte. Avec ce nouveau système, « on vous prend 25 % du salaire et on vous ne les rend que si vous faites de la transition agroécologique. C’est ça la réalité », s’est-il agacé.

Calendrier serré, budget contraint

Depuis deux mois, le ministre poursuit les concertations avec les syndicats agricoles, les ONG et les Régions, pour élaborer avant la fin de juin le plan stratégique national (PSN). Lequel sera ensuite soumis à Bruxelles pour être validé avant le 31 décembre 2021. À plus court terme, les premiers arbitrages « structurants » du ministre sur le premier pilier, annoncés pour avril, sont toujours attendus…

L’élaboration du PSN se fait avec un budget contraint, où toute augmentation d’une aide se fera au détriment d’une autre. Le ministre de l’Agriculture devra trouver un « juste équilibre » entre filières et territoires, et entre « stabilité » et nouveaux engagements. Tâche délicate : en faisant des arbitrages, « je sais que je me ferai engueuler à peu près par tout le monde », a plaisanté Julien Denormandie.

Sophie Bergot