Les agriculteurs de l’outre-mer seraient-ils les grands oubliés de la prochaine Pac ? C’est ce que craint le gouvernement français, qui a interpellé le commissaire Janusz Wocjechowski à ce sujet. Dans un courrier du 6 octobre 2020, le ministre de l’Agriculture, celui de l’Outre-mer et le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes réaffirment « la volonté du gouvernement français d’un maintien du budget du Posei (programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité), qui est une déclinaison du premier pilier de la Pac pour les régions dites ultrapériphériques ».

77 millions d’euros en moins

« La Commission européenne a annoncé qu’une baisse de 3,9 % du budget du Posei était envisagée pour la période de 2021 à 2027. Cette baisse n’est pas acceptable pour le gouvernement français, le contexte de Covid-19 en 2020 ayant une nouvelle fois mis en évidence la nécessité, plus fondamentale et plus complexe dans ces régions éloignées, de produire localement afin de garantir la sécurité des approvisionnements et d’assurer une souveraineté alimentaire », écrivent les trois membres du gouvernement dans leur courrier.

La France touchait jusque-là plus de 278 millions d’euros au titre du Posei, dont près de la moitié permettait l’octroi d’aides directes aux producteurs de bananes. Selon la députée de la Réunion, Karine Lebon, qui a interpellé Julien Denormandie à ce sujet le 6 octobre 2020, la réduction des fonds alloués au Posei amputerait les Outre-mer de 77 millions d’euros d’aides directes sur la période de 2021 à 2027. « Nous ne laisserons pas tomber les territoires ultramarins », a affirmé le ministre de l’Agriculture dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

L’Espagne et le Portugal aussi concernés

Alors que l’Espagne et le Portugal bénéficient également du Posei pour certains territoires ultrapériphériques, plusieurs députés européens se sont mobilisés pour refuser cette coupe budgétaire. A l’appel de deux d’entre eux, Younous Omarjee et Stéphane Bijoux, ils se sont réunis le 7 octobre derrière une banderole « No Posei cuts » (« Non aux coupes dans le Posei »).

« Nous devons protéger nos agriculteurs et nos éleveurs », a insisté Stéphane Bijoux (groupe Renaissance), tout en saluant le courrier envoyé par les ministres français au commissaire européen. « Il est désormais nécessaire de convaincre le Conseil des ministres de l’Union européenne de maintenir le budget Posei, inclus dans la Pac et de rejoindre ainsi la position du Parlement européen. »

B. Lafeuille