« La grande distribution est devenue la gardienne du commerce alimentaire mondial », estime l’ONG, qui dénonce les « pressions continues » subies par les producteurs pour « qu’ils réduisent leurs coûts » tout en répondant « à des exigences de qualité des plus rigoureuses ». Oxfam demande aux supermarchés de réorienter une partie de leurs bénéfices au bénéfice des producteurs.

« Derrière le code-barres, des inégalités à la chaîne »

Selon un calcul de l’ONG, les huit premières grandes surfaces du monde cotées en bourse ont réalisé 1 000 milliards de dollars de ventes en 2016 et près de 22 milliards de bénéfices. « Au lieu de réinvestir dans leurs fournisseurs, elles ont reversé la même année plus de 15 milliards de dividendes à leurs actionnaires », indique cette étude intitulée : « Derrière le code-barres, des inégalités à la chaîne ».

En France, le géant Carrefour a réalisé 894 millions d’euros de bénéfices en 2016, et reversé 510 millions d’euros de dividendes. « Si l’entreprise n’avait reversé ne serait-ce que 1 % de ce montant aux ouvriers vietnamiens dans le secteur de la transformation de la crevette, plus de 14 200 d’entre eux auraient pu accéder à un revenu vital », souligne Oxfam.

La puissance d’achat du secteur, qui fait baisser continuellement les prix, exacerbe le risque de violations des droits de l’homme et des droits du travail : précarisation sans limite, enfants au travail, harcèlement, sont légion dans le secteur agricole et alimentaire, estime l’ONG. Entre le milieu des années 1990 et celui des années 2010, le prix des haricots verts du Kenya a baissé de 74 %.

Des disparités croissantes

Au niveau mondial, l’étude illustre les disparités croissantes sur la répartition de la valeur d’un panier type contenant 12 produits allant des avocats du Pérou aux tomates du Maroc. Les producteurs touchaient en moyenne 8,8 % du prix final du panier entre 1996 et 1998, et plus que 6,5 % en 2015. Dans le même temps, la grande distribution voit sa part gonfler à 48,3 % contre 43,5 % vingt ans avant.

Avec la croissance des discounteurs comme Aldi Nord, Aldi Sud et Lidl, et le rachat de Whole Foods en 2017 par Amazon, Oxfam craint une « ère nouvelle de réduction des coûts encore plus impitoyable » et une « accélération du nivellement par le bas des normes sociales et environnementales de la chaîne d’approvisionnement ».

Un « prix minimum » pour les produits de base

Pourtant, Oxfam estime qu’il est « tout à fait possible » que les « paysans et travailleurs gagnent un revenu minimum vital. Il suffirait d’investissements minimes » pour favoriser un partage plus équitable de la valeur, selon l’étude qui préconise notamment la fixation d’un prix minimum par les pouvoirs publics pour les produits agricoles de base.

En Europe, le rapport a été diversement accueilli. La fédération française du commerce (FCD) a préféré ne pas réagir officiellement. Parmi les distributeurs allemands, le numéro un du pays Edeka a sèchement rejeté les « résultats et allégations d’Oxfam » dont il juge l’étude « pas transparente et incompréhensible ».

De leur côté, Aldi et Lidl en revanche ont mis en valeur leurs actions et leur engagement en faveur des producteurs dans la chaîne d’approvisionnement. En Grande-Bretagne, l’association British Retail Consortium a salué les « recommandations d’Oxfam » en soulignant des engagements déjà pris pour améliorer la vie des communautés et la transparence de la chaîne alimentaire.

AFP