« Aujourd’hui, la souveraineté alimentaire n’est pas assurée en Nouvelle-Calédonie. Moins de 20 % des besoins de l’archipel sont couverts par la production, et pourtant l’espace ne manque pas », a souligné le 5 mai 2018, le président de la République dans son discours de clôture, à Nouméa, à l’issue de trois jours de visite dans la collectivité. « Nous avons un grand travail à produire pour mieux mobiliser le foncier et changer les règles, avec une structuration juridique et financière qui permettra d’exploiter davantage les terres et de mieux les exploiter », a-t-il poursuivi.

L’agriculture calédonienne couvre aujourd’hui 17 % du besoin en alimentation de ses 278 000 habitants. Son développement est limité par le difficile accès aux terres agricoles. Nicolas Metzdorf, porte-parole du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en charge du budget pour l’Agriculture, mise sur les contrats de développement (aides de l’État) pour continuer à structurer la filière agricole. « Cette intervention du chef de l’État dans son discours ne peut pas être sans conséquence en Nouvelle-Calédonie. C’est à nous derrière, de la concrétiser et de le mettre en musique », nous a-t-il confié à l’issue du discours d’Emmanuel Macron.

Comme les Safer

Durant les trois jours de la visite présidentielle, le porte-parole du gouvernement a également rencontré Emmanuel Hyest, le président de la FNSafer, venu sur l’invitation des organisations professionnelles de la Nouvelle-Calédonie.

« Nous voulons profiter de l’expertise métropolitaine, a indiqué Nicolas Metzdorf. On pourrait par exemple créer un outil calédonien au service de la sécurisation du foncier, autant gestionnaire du foncier privé que du foncier coutumier. En quelque sorte, un office du foncier calédonien avec des missions qui lui seraient propres comme pour les Safer. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix : les prix des terres sont tellement élevés que les collectivités ne peuvent pas s’aligner. Il y a une obligation de réguler le foncier agricole. »

« Une convention tripartite s’apprête à être signée entre le territoire, les organisations professionnelles et la Safer », a ajouté de son côté Emmanuel Hyest.

Le droit coutumier à respecter

La problématique foncière est complexe sur le Caillou car les terres coutumières (27,2 %) qui appartiennent aux tribus kanaks côtoient les terrains privés (15,8 %), ainsi que ceux appartenant au territoire de la Nouvelle-Calédonie (47,1 %), à ces Provinces qui le divisent en trois grandes régions (7,8 %) et à l’État (0,4 %). Conséquence : les terres agricoles, rares, voient leurs prix grimper, allant jusqu’à dépasser les 10 000 euros l’hectare !

La surface agricole utile (SAU) en Nouvelle-Calédonie est de 248 000 ha. Elle ne représente que 13 % de la surface totale du territoire, selon les chiffres 2016 de la chambre d’agriculture de la collectivité. Cette surface est occupée à 95 % par l’élevage bovin. Et si près de 54 % des exploitations agricoles ont une SAU inférieure à 1 ha, 11 % ont une SAU de plus de 100 ha.

Une souveraineté alimentaire à portée de main

Lors de sa visite, Emmanuel Macron s’est également rendu au lycée agricole de Pouembout dans la Province Nord. Un symbole fort pour la jeunesse calédonienne. « Nous avons les voix et les moyens de construire ici une souveraineté alimentaire durable pour permettre de nourrir la population et de le faire dans des règles. […] Il y a l’ambition française, le soutien indispensable du gouvernement mais l’objectif de cette souveraineté alimentaire et durable dans la région est à portée de main si nous savons nous organiser dans les décennies à venir », a conclu Emmanuel Macron.

Noémie Debot-Ducloyer, correspondante à Nouméa