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Un bilan noirci par la guerre des prix

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Négociations commerciales - Un bilan noirci par la guerre des prix

Une déflation de 0,4 % des prix d’achat des produits alimentaires, une pression toujours forte des distributeurs… Les premières négociations commerciales sous le régime de la loi portant sur l’agriculture et l’alimentation du 30 octobre 2018 ne satisfont pas grand monde.

« Aujourd’hui, le compte n’y est pas du tout », a confié Didier Guillaume le 16 avril à sa sortie du comité de suivi des relations commerciales réunissant les représentants des producteurs, des transformations et des distributeurs à Bercy. « On a encore beaucoup de marge pour que les agriculteurs vivent de leur travail, a expliqué le ministre de l’Agriculture. Mais nous sommes confiants car tous ceux qui étaient autour de la table avaient envie d’aller dans la même direction : la meilleure répartition de la valeur. »

Une baisse moyenne de 0,4 % du prix d’achat

Pour l’instant, les chiffres sont loin d’être flamboyants. Le bilan des négociations commerciales pour 2019 présenté par le médiateur des relations commerciales agricoles lors de la réunion confirme que les progrès sont encore insuffisants. Une baisse de 0,4 % du prix d’achat (1) des produits alimentaires vendus marque nationale est observée par le médiateur par rapport à l’année dernière.

L’objectif de la loi agriculture et alimentation du 30 octobre 2018 d’une meilleure répartition de la valeur agricole est loin d’être aujourd’hui rempli. Seule une véritable amélioration des prix est confirmée dans le secteur laitier. Un point positif que le ministre de l’Agriculture explique par la conclusion de contrats tripartites et de négociations qui ont commencé plus tôt par rapport à d’autres filières.

Évolution du prix d’achat (1) par rapport à 2018
Épicerie salée–0,8 %
Épicerie sucrée–0,9 %
Frais non laitier (viande, charcuterie, saurisserie, traiteur…)–0,7 %
Frais laitiers (dont œufs)+1,4 %
Surgelés+0,2 %
Boissonsentre –0,3 % et –1,2 %

« Des sanctions seront prises »

Malgré cette éclaircie laitière, le ciel reste assombri pour les autres secteurs. « La guerre des prix demeure », a assuré Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances avant d’ajouter qu’une certaine agressivité continuait d’être présente dans les négociations.

« Notre rôle est de faire en sorte que la négociation se passe, que les rencontres aient lieu, et que ceux qui voudraient contourner le jeu de la négociation y re-rentrent, a-t-elle souligné. Les contrôles de la DGCCRF2 vont examiner de très près ce qu’il s’est passé et s’il y a des franchissements de ligne rouge, des sanctions seront prises ».

Auditionnée au Sénat le 4 avril dernier, Agnès Pannier-Runacher avait indiqué que 6 000 contrôles étaient prévus tout en constatant que plusieurs tentatives de contournements par les distributeurs avaient été observées. « Aujourd’hui, nous rentrons dans la phase 2 des contrôles sur la base d’éléments plus factuels », a-t-elle annoncé mardi aux côtés de Didier Guillaume.

« La déflation reste la règle »

Une guerre des prix qui exaspère l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). « La réalité, c’est que les entreprises alimentaires, à l’exception de la filière laitière, ne vont pas pouvoir couvrir leurs coûts de production », a-t-elle précisé dans un communiqué du 16 avril. « Le constat cette année, est inacceptable : encore –0,4 % de demande de baisse de prix, c’est 300 millions de pertes pour les producteurs. Malgré la loi, la déflation reste la règle », a relaté l’Ania.

Le bilan dressé par le médiateur des relations commerciales agricoles confirme les observations de l’Ania. « Ces premiers résultats mettent en exergue une qualité de la négociation commerciale en 2019 qualifiée, en moyenne, de “passable” à “défavorable” par les fournisseurs de la distribution, a-t-il précisé dans un communiqué du 16 avril. Cette appréciation n’est pas partagée par les enseignes qui la qualifient, en moyenne, de “favorable”, voire “très favorable”. » Les négociations n’étaient pas apaisées pour tout le monde.

Du côté de la FNSEA, Christine Lambert, sa présidente, a reconnu que « nous savions que les choses ne changeront pas d’un claquement de doigt ». « Il reste encore une pression à la baisse exercée par certains distributeurs, et je dis bien certains, a-t-elle insisté. Parce qu’il y en a de plus vertueux que d’autres. » Ils sont encore trop peu nombreux.

1 Le bilan du médiateur des relations commerciales agricoles fonde ses évaluations sur un prix « 3-net obtenu à partir du tarif (ou barème des prix) ». Ce dernier liste, selon le médiateur, l’ensemble des prix unitaires des produits proposés à la vente par le fournisseur.

2 Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

L’ordonnance sur les prix abusivement bas reporté d’une semaine

Le gouvernement avait prévu de présenter l’ordonnance sur les prix abusivement bas complétant la loi sur l’agriculture et l’alimentation ce 17 avril. L’ordre du jour du conseil des ministres a été modifié pour se consacrer exclusivement à l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris le 15 avril. Didier Guillaume a indiqué que sa présentation était reportée à la prochaine réunion du gouvernement du 24 avril.

Alexis Marcotte
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