Lors du dernier comité de suivi des négociations commerciales, le 18 décembre 2020, Serge Papin, mandaté quelques semaines plus tôt comme « garant de l’esprit des États-généraux de l’alimentation (EGA) » par Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, a proposé de rendre les négociations « pluriannuelles » plutôt qu’annuelles comme c’est le cas aujourd’hui.

Un groupe de travail se penche sur les négociations pluriannuelles

« Si on veut conjuguer l’amélioration de la qualité avec un gain de compétitivité, seul le temps long permet de le faire », plaide Serge Papin, évoquant le « paradoxe » à tout remettre en cause de manière annuelle. Selon lui, les parties prenantes, producteurs, distributeurs et transformateurs y sont favorables pour en discuter. Le ministère de l’Agriculture a indiqué que cette possibilité est d’ores et déjà permise par la loi et qu’un groupe de travail serait mis en place afin d’approfondir ce sujet.

L’ancien PDG de Système U a également proposé la mise en place d’un outil « permettant d’apporter de la transparence » et testé dans un premier temps pour certaines filières. « Il pourrait autant servir d’appui au médiateur dans ses négociations commerciales agricoles qu’aux différents maillons de la filière pour objectiver la valeur ramenée dans la cours de la ferme », explique le ministère de l’Agriculture.

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Beaucoup de tension

Lors du comité de suivi, un premier point de situation a été réalisé et fait état « d’un démarrage des discussions qui restent difficiles ». Julien Denormandie et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, « en appellent, à la responsabilité et à l’engagement des distributeurs dans les négociations commerciales qui ont démarré sur des bases dégradées ».

Le secteur agricole et agroalimentaire est « fragilisé par la crise » et « la réduction très forte de certains débouchés (restauration, événementiel, exportation…) », ainsi que par la hausse du coût des matières premières, estiment les ministres.

Les coopératives dénoncent le retour de la guerre des prix dans les box de négociation par des demandes de déflation, « en moyenne – 2 % », et de budgets promotionnels supplémentaires.

« Il reste deux mois aux distributeurs pour redresser la barre », somme Dominique Chargé, président de La Coopération agricole. Ce dernier salue les premières recommandations de Serge Papin et en appelle à la responsabilité des enseignes de la grande distribution.

Aller vers une « inflation raisonnée »

L’association nationale des industries alimentaires (Ania) a aussi réagi, indiquant que les demandes de baisse des prix sont « toujours systématiques » alors même que « la santé financière des TPE-PME s’est profondément détériorée et que les coûts de transformation se sont particulièrement redressés en 2020 ».

« Une inflation raisonnée et responsable permettra de sauver toute une filière et ne représente que 1,5 € par ménage et par mois », estime Richard Girardot, son président.

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Marie Salset, avec l’AFP