L’Ania (Association nationale des industries alimentaires), La Coopération Agricole, la Feef (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France) et l’Ilec (l’Institut de liaisons des entreprises de consommation) sont inquiets depuis le dépôt de la proposition de loi de Grégory Besson-Moreau pour renforcer la loi Egalim, indiquent-ils dans un communiqué du 16 avril 2021.

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S’ils « saluent l’ambition de mettre fin à cette guerre des prix portée par cette proposition de loi », ils « s’inquiètent des effets négatifs de certaines mesures sur le maillon industriel. Sanctuariser les seules matières premières agricoles sans sanctuariser les coûts de transformation ne produira qu’un seul effet : l’affaiblissement du maillon industriel dans les négociations commerciales avec les distributeurs. »

Les industriels variable d’ajustement

Pour Dominique Amiraut, président de la Feef, « toute seule la non-négociabilité du prix agricole va créer un effet ciseau pour les transformateurs PME (petites et moyennes entreprises) qui vont être pris en étau s’ils n’ont pas les moyens de répercuter ces hausses dans leur tarif au distributeur. »

« Ainsi, avec cette mesure seule, il y a un réel risque que les PME françaises, qui représentent 98 % des industries agroalimentaires, deviennent à leur tour la variable d’ajustement des négociations commerciales », assure-t-il.

Toujours une destruction de valeur

« Nous sommes favorables à une loi Egalim 2 et à une meilleure rémunération de l’amont agricole, détaille Catherine Chapalain, directrice générale de l’Ania. Mais le problème c’est qu’aujourd’hui, on continue à détruire de la valeur. Cela fait 8 ans que nous sommes en déflation sur les prix des produits alimentaires. »

« C’est le renforcement du tarif fournisseur qui permettra de mieux rémunérer les producteurs, prévient-elle. Or, dans les box de négociation, le distributeur impose toujours une déflation par rapport au prix net de l’an passé. La négociation doit partir de l’industriel et le prix doit refléter l’ensemble de ses coûts. La négociation doit porter sur les services apportés par le distributeur. »

L’Ania, La Coopération Agricole, la Feef et l’Ilec estiment que pour améliorer la rémunération des agriculteurs, il faut des coopératives et industries alimentaires fortes, capables de valoriser la production agricole et invitent le gouvernement à poursuivre le travail engagé et à « aller plus loin dans la protection du tarif des fournisseurs ». Ils ont sollicité un rendez-vous avec le ministre Julien Denormandie pour échanger sur ce point.

Interrogé par la France agricole, Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole, ajoute que « le maillon intermédiaire » que constitue notamment les coopératives « ne doit pas être dissocié ». Et de préciser qu’il « ne peut que soutenir la sanctuarisation du prix de la matière agricole ». Il rappelle la nécessité de revoir la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 qui, selon lui, donne trop la part belle aux distributeurs.

Marie Salset et Alexis Marcotte