À peine votée, la loi portant sur l’agriculture et l’alimentation déçoit déjà. Va-t-elle virer au fiasco quand il s’agira de l’appliquer concrètement lors des négociations commerciales entre distributeurs, agriculteurs et industriels ? Celles-ci vont débuter la semaine prochaine dans un flou tel que certains imaginent déjà le moyen d’en contourner les principales mesures…

Ambiance tendue

L’an dernier, ces négociations annuelles, qui se tiennent traditionnellement de la mi-octobre jusqu’à la fin de février, « ont été parmi les pires et celles de 2019 commencent déjà dans la frustration », a lancé Richard Panquiault, directeur général de l’Ilec (Institut de liaisons et d’études des industries de consommation), lors d’une conférence organisée le 3 octobre 2018 par le magazine LSA.

Ces propos posent l’ambiance de négociations qui s’annoncent non seulement tendues mais compliquées par la loi. Cette loi votée mardi est censée permettre aux agriculteurs d’être mieux rémunérés en intégrant dans les prix leurs coûts de production mais le texte est jugé décevant par les acteurs des métiers concernés.

« Vraies difficultés opérationnelles »

« On est tous en train de vivre un grand moment », a dit de son côté, déclenchant des rires parmi les participants à cette même conférence, Jean-Christophe Grall, l’associé-gérant du cabinet d’avocats Grall & Associés.

La loi votée mardi « décevra certainement », annonce pour sa part Laurent Vallée, le numéro 2 du groupe Carrefour, d’autant plus que les « projets d’ordonnances créent des préoccupations légitimes chez les distributeurs ».

« On peut s’attendre à un certain nombre de recours devant le Conseil constitutionnel », avance Jean-Christophe Grall, pour qui des distributeurs songent déjà à en contourner les principales mesures. Avec des conséquences sur l’entrée en application du texte : si elle n’est pas retardée au minimum au 1er janvier, « elle risque de poser de vraies difficultés opérationnelles », estime-t-il.

AFP