Deux villes, plusieurs manifestations, mais un objectif commun : mettre fin à la guerre des prix menée par la grande distribution et revaloriser les revenus des agriculteurs. Le mardi 9 février 2021, à l’appel des syndicats locaux FDSEA et JA, ils étaient une centaine de manifestants à Angers, dans le Maine-et-Loire, et environ 150 à Puy-en-Velay, en Haute-Loire.

Au programme, blocage de grandes surfaces, distribution de tracts, déversement de bennes de journaux, de fumier, de terre ou de paille. Avec en prime, une rencontre avec le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Les éleveurs d’Angers bloquent un Carrefour

Rendez-vous était donné vers 10 heures ce mardi. Du haut de leurs tracteurs, une centaine de manifestants, essentiellement des éleveurs, ont manifesté devant Carrefour Saint-Serge à Angers.

« On manifeste pour une meilleure rémunération des producteurs », explique Damien Boussiron, directeur adjoint de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Maine-et-Loire (FDSEA 49). « L’objectif est de toucher au chiffre d’affaires de Carrefour, parce que c’est là que ça fait mal. On sait que la grande distribution a été la grande gagnante de la crise sanitaire et malgré cela, aujourd’hui, elle mène toujours une guerre des prix sur le dos des producteurs. »

Les éleveurs de la FDSEA et des JA ont déversé des journaux dans le hall et à l’entrée de Carrefour. © FDSEA 49

Il précise : « Cette action s’inscrit dans le cadre des négociations commerciales en cours et dont les échos nous disent qu’elles ne vont pas forcément dans le bon sens. » Vêtus chacun d’un gilet vert aux couleurs de la FNSEA, les agriculteurs ont bloqué les entrées du magasin. Aucune voiture ne pouvait accéder au parking, seuls les piétons circulaient.

Aux alentours de midi, les manifestants sont finalement entrés dans le hall de la grande surface pour y déverser de la paille et du papier au sol. « On voulait une action propre, pas de fumier, pas de lisier, assure Damien Boussiron. On a également distribué des tracts aux consommateurs pour leur expliquer les revendications agricoles. »

À l’appel de la FDSEA 49 et des JA 49, une centaine d’agriculteurs ont manifesté devant Carrefour et sont entrés dans le hall pour y déverser de la paille, des journaux et distribuer des tracts aux clients. © FDSEA 49

Bruno Le Maire assure son engagement aux agriculteurs

« Le hasard du calendrier a fait que Bruno Le Maire était à Anjou ce jour-là. On a fait une demande d’entretien qu’il a acceptée et qui s’est transformée en un rendez-vous d’une demi-heure », raconte encore le syndicaliste.

À 13 heures, Emmanuel Lachaize, président départemental de la FDSEA, et Clément Traineau, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs du Maine-et-Loire (JA 49), ont donc rencontré le ministre de l’Économie.

« Il a été essentiellement question des États-généraux de l’alimentation, raconte Clément Traineau. On lui a demandé que la loi Egalim soit appliquée et pour cela, qu’il y ait des contrôles avec des sanctions dissuasives. Il nous a donné son engagement à ce qu’il n’y ait pas de baisse sur les produits agricoles durant les négociations commerciales. »

Une « belle opportunité de faire passer le message », juge Damien Boussiron. Mais qui, selon lui, ne suffit pas. « L’idée est de maintenir la pression pendant toute la durée des négociations, soit jusqu’au 28 février. On ne s’interdit rien, on est motivé ! »

À lire aussi : Des demandes de baisse de prix qui ne passent pas (01/02/2021)

D’autres agriculteurs en colère manifestent au Puy-en-Velay

Même combat le même jour du côté de la Haute-Loire. Comme le rapporte l’AFP, des agriculteurs ont bloqué sept grandes surfaces du Puy-en-Velay pour réclamer une meilleure rémunération.

« La loi Egalim devait nous permettre d’être mieux rémunérés. Or ce n’est pas le cas. Ce sont les intermédiaires qui en profitent et l’État ne joue pas son rôle de police en faisant appliquer la loi », dénonce Laurine Rousset, présidente des Jeunes Agriculteurs (JA) de la Haute-Loire.

C’est donc à l’appel de la FDSEA 43 et des JA 43, qu’environ 150 agriculteurs, selon les organisateurs, accompagnés d’une cinquantaine de tracteurs, se sont rassemblés dès 10 heures.

« Denormandie tu nous as menti »

Après avoir bloqué les accès aux magasins et distribué des tracts aux clients jusqu’au début de l’après-midi, les manifestants sont allés devant la préfecture du Puy-en-Velay. Ils y ont déversé des bennes de fumier et de terre et ont déployé une banderole noire sur laquelle était écrit : « Denormandie tu nous as menti, Macron tu nous prends pour des cons.  »

« Nous avons demandé un entretien avec le préfet mais nous avons seulement pu rencontrer sa directrice de cabinet qui n’a pas prêté attention à ce que nous avions à dire », a relaté à l’AFP Laurine Rousset, disant espérer un nouvel entretien « d’ici à une dizaine de jours ».

Promulguée en 2018, la loi sur l’alimentation (Egalim) était censée protéger les revenus des producteurs mais le gouvernement a reconnu en septembre qu’elle n’avait pas atteint ses objectifs. Depuis, les relations restent très tendues entre les différents acteurs.

Des négociations commerciales annuelles entre producteurs, industriels de l’agroalimentaire et distributeurs sont en cours. Elles doivent s’achever le 1er mars.

Oriane Dieulot