Il fallait s’y attendre : les premières remontées des négociations commerciales pour 2018, qui ont débuté cet automne entre la grande distribution et ses fournisseurs, ne sont pas rassurantes. « Le climat est tendu. Le souffle des États-généraux de l’alimentation n’a pas été durable. Tout cela s’est fracassé sur les réalités », témoigne Pascal Viné, le directeur général de Coop de France, lors d’une conférence de presse organisée à Paris le 14 décembre 2017.

Le gouvernement avait pourtant joué un coup politique intéressant le 14 novembre dernier, en supervisant la signature d’une « charte d’engagement » entre tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire. Objectif annoncé : faire respecter « l’esprit des États-généraux », en attendant une loi prochaine. En vain.

Comme l’an passé, les premières demandes pour 2018 portent sur la baisse des prix.Michel Prugue, président de Coop de France

« Malgré l’engagement des chefs à plume de la distribution, cette charte ne semble pas avoir été transmise sur le terrain, regrette Michel Prugue, le président de Coop de France. La bataille est féroce et comme l’an passé, les premières demandes pour 2018 portent sur la baisse des prix. Comme si les acheteurs voulaient appuyer sur la tête dès le début des négociations, au cas où ils auraient besoin de relâcher derrière. »

En quête de rentabilité

Face à ce constat, Coop de France, qui a pourtant longtemps craint l’empilement législatif en matière de discussions tarifaires et de construction du prix, attend avec impatience la promulgation d’un « nouveau cadre législatif pour rééquilibrer les rapports de force ».

Un équilibre d’autant plus précieux pour les coopératives qu’elles entendent relever « le défi de la création de valeur » pour compenser leur faible rentabilité : 3,57 % de rentabilité brute (résultats nets/chiffre d’affaires), soit moins que bien d’autres secteurs industriels ou tertiaires, selon les chiffres de 2016 présentés lors de cette conférence. Une problématique déjà soulignée il y a un an.

Mais comment répondre « de manière pragmatique » aux nouvelles attentes des consommateurs ? Comment assurer « un espace-temps d’expérimentation et d’investissement » tout en garantissant l’équilibre économique des exploitations ? Et comment moderniser le conseil aux agriculteurs en même temps que la communication auprès du grand public, dans un contexte économique incertain ?

Toutes ces questions seront au cœur du prochain congrès des coopératives, qui se tiendra à Paris le 20 décembre prochain. Avec ce mot d’ordre lancé par Michel Prugue à ses adhérents : « N’ayez pas peur du changement ! »

Alain Cardinaux