C’est une première, des représentants des producteurs, des distributeurs et des transformateurs ont été auditionnés, tous en même temps, devant la commission des affaires économiques du Sénat, le 5 juin, dans le cadre du suivi de la mise en application des mesures de la loi alimentation.

« Lors des auditions précédentes [durant lesquelles chaque maillon de la chaîne a été interrogé séparément], nous n’avons pas entendu les mêmes choses. C’est pourquoi nous avons souhaité vous réunir tous ensemble aujourd’hui », a introduit Sophie Primas, présidente de la commission.

Si elle laisse entendre que tous n’ont pas le même avis sur la manière dont se sont déroulées les négociations commerciales cette année, les producteurs et les distributeurs s’accordent pour dire que la « théorie du ruissellement » ne fonctionne pas.

Pas de ruissellement

Et Stéphane de Prunelé, représentant les magasins Leclerc d’insister : « Nous avons toujours dit que la hausse du seuil de revente à perte (SRP), au mieux serait inutile, au pire serait néfaste. Nous maintenons notre position, car personne ne sait faire ruisseler vers les agriculteurs. »

Ce dernier a d’ailleurs affirmé que 70 % de la marge supplémentaire captée par les magasins Leclerc avec la hausse du SRP a été reversée aux transformateurs…

Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, a renchéri : « Le ruissellement, nous n’y croyons pas. Il me semble que ce n’était pas l’objet des États-généraux de l’alimentation mais plutôt la formation des prix par la marche en avant. »

Les représentants des distributeurs considèrent que les résultats des négociations sont hétérogènes, à la fois selon les filières, et selon les interlocuteurs. « Nous avons fait bouger les lignes pour le monde agricole, mis en place des initiatives pour acheter plus cher, surtout avec les PME et les intermédiaires qui travaillent avec le monde agricole français. Les négociations avec les multinationales ont été plus tendues », explique Claude Genetay, représentant Intermarché et Netto.

Les MDD dans le collimateur

La question des baisses de prix demandées sur les marques de distributeur (MDD) a été largement évoquée. Selon l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania), pour la filière porcine seulement 7 % des renégociations de contrat à la hausse sont passées et « c’est encore pire pour les MDD ».

« Les MDD sont utilisées pour continuer la guerre des prix », s’est insurgé Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Il estime qu’il faut améliorer la loi alimentation pour empêcher les distributeurs de la contourner. Il recommande de rendre plus facile la fixation des indicateurs de coûts de production, dont la publication a pu être « retardée » par certains acteurs au sein des interprofessions. Au sujet des MDD, il préconise de travailler sur les modalités des renégociations de contrats et surtout que l’État fasse appliquer la loi et les sanctions.

Daniel Gremillet (LR), sénateur des Vosges, a conclu la séance en indiquant que ce n’était que le début des travaux du groupe de travail et que les sénateurs porteraient leur attention sur deux points : les effets de la montée en gamme pour les producteurs et l’évolution des importations de produits alimentaires en France. Ce dernier point à d’ailleurs fait l’objet d’un rapport d’information, présenté au Sénat, le 28 mai.

« Certains chiffres montrant une augmentation des importations sur certains produits alimentaires, nous inquiètent », a-t-il fait savoir.

Marie Salset