Près de la moitié des industriels de l’agroalimentaire (49 %) a dû accepter des baisses de tarifs demandées par les distributeurs malgré les promesses d’un meilleur équilibre nées du vote de la loi portant sur l’alimentation à la fin de 2018, a affirmé mercredi l’Association des industries alimentaires (Ania), étude de son observatoire des négociations commerciales à l’appui.

La France compte 450 000 agriculteurs et 17 253 entreprises agroalimentaires pesant un chiffre d’affaires global de 176,1 milliards d’euros en 2018, en augmentation de 1,5 %, et face à elles une distribution très concentrée, avec seulement quatre centrales d’achat.

Les industriels réclament « renforcement des contrôles »

Pour stopper ce phénomène de baisse des prix, Richard Girardot, président de l’Ania, a réclamé un « renforcement des contrôles » de la répression des fraudes.

Selon lui, le relèvement du seuil de revente à perte (SRP), qui prévoit qu’un produit alimentaire devra être revendu au moins 10 % plus cher que le prix auquel il a été acheté, a généré 600 millions d’euros pour les distributeurs, dont ni les industriels, ni les agriculteurs « n’ont vu l’ombre d’un centime », un constat partagé par les coopératives.

« La loi EGAlim a été une marche en avant, mais n’a pas atteint son but encore », a reconnu de son côté le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, lors d’une intervention mercredi au Sénat.

« Il faudra attendre la saison prochaine et vraisemblablement celle d’après » pour que les agriculteurs soient rémunérés de manière plus juste, « ce qui est absolument scandaleux », a déclaré le ministre, sans préciser s’il ciblait les distributeurs ou les industriels.

Prochain chantier, les marques distributeurs, pour lesquelles il a fait part de son intention de « renforcer la loi ». « On est la seule industrie de France à subir six années consécutives de déflation », a déclaré Stéphane Dahmani, directeur économie à l’Ania.

Selon une étude du cabinet Nielsen, l’industrie agroalimentaire a subi une déflation de 6,1 % et une destruction de valeur de 5,5 milliards d’euros depuis le début de la guerre des prix en 2013.

Ces baisses tarifaires consenties à la grande distribution ont conduit, souligne M. Dahmani, à un « effondrement » du taux de marge du secteur, qui a perdu huit points en trois ans, passant de 42 à 34 %.

« On perd du terrain par rapport à nos concurrents »

Conséquences : une baisse de l’investissement et de l’innovation, de la compétitivité par rapport aux concurrents européens et non-européens et, au bout, des fermetures d’usines, à en croire l’Ania.

« On perd du terrain par rapport à nos concurrents », s’alarme ainsi M. Girardot, qui indique que des pays comme les Pays-Bas, ou l’Allemagne supplantent la France en volume, tandis que l’Italie la surpasse dans la montée en gamme de ses produits.

Si on retire le secteur des boissons, et notamment les vins, la France a connu en 2018 « un déficit commercial record pour l’alimentaire », relève M. Dahmani, qui évoque le chiffre de 5,1 milliards d’euros.

« À quand la transparence sur le retour aux producteurs ? C’est ça l’esprit des EGA (États-généraux de l’alimentation) », a rétorqué sur Twitter Jacques Creyssel, directeur général de la FCD, qui regroupe les principaux distributeurs. La veille, il estimait que les « hausses sur certains produits ne redescendent pas des industriels aux producteurs ».

Une affirmation réfutée par M. Girardot, qui souligne les contrats passés par les industriels : « on se retrouve dans le mauvais rôle de la tranche de jambon dans le sandwich. On a pris ces engagements vis-à-vis de l’amont (agriculture) et derrière on finit en déflation vis-à-vis de l’aval, on sent qu’on a été un peu berné dans la démarche ».

Il se veut toutefois « indulgent », s’agissant de la première année d’application de la loi.

« Le constat est négatif cette année, mais il y a des choses qui bougent », a déclaré M. Girardot, relevant que « Casino et Auchan ont développé une démarche de concertation ». Même avec Leclerc, souvent vu comme le mauvais élève, très critique vis-à-vis de la loi Alimentation, « on a senti qu’on pouvait commencer à dialoguer », a affirmé M. Girardot.

AFP