Les banques auraient-elles des oursins dans les poches ? Pour soutenir les entreprises face à la crise liée au Covid-19, le gouvernement a débloqué au mois de mars 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (PGE). Près de trois mois après, les banques demeurent frileuses à les octroyer aux exploitants agricoles, selon Guillaume Favoreu, expert chez Optimes et membre du réseau Experts Emergens.

L’analyse des risques financiers n’a pas disparu

« Certes, il y a la garantie de l’Etat, mais les banques réalisent toujours une analyse des risques financiers comme n‘importe quel prêt. Elles restent prudentes. Les demandes peuvent être faites jusqu’au 31 décembre. Nous suivons au cas par cas les situations de nos clients. Pour ceux qui ont essuyé un premier refus, une nouvelle demande peut être envisagée lorsque les conséquences de la crise sanitaire seront mieux cernées. » Le Modef avait également eu l’occasion de pointer du doigt l’attitude des banques le 16 avril dernier.

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« Aujourd’hui, on ne connaît pas encore toutes les conséquences économiques. Nous avons seulement deux mois de recul, analyse Guillaume Favoreu. Les entreprises agricoles qui subiront le plus cette crise sont celles qui sont exposées aux marchés mondiaux comme les céréales, la viande, le lait et le vin, et qui ont en même temps un bilan alourdi par des emprunts. A contrario, certaines fermes qui n’ont ni l’un, ni l’autre de ces inconvénients, ont pu voir leurs chiffres d’affaires augmenter. C’est notamment le cas pour certains chefs d’entreprise agricole qui ont pratiqué, parfois pour la première fois, la vente directe. »

5 300 dossiers ouverts au Crédit Agricole

Du côté des banques, les demandes de prêts ont surtout concerné deux secteurs particulièrement touchés par la crise et la fermeture de leurs débouchés. « Les prêts garantis par l’État représentent environ 5 300 dossiers, dont la moitié sont des viticulteurs et aussi beaucoup d’horticulteurs », détaille Jean-Christophe Roubin, responsable des marchés de l’agriculture au Crédit Agricole. Depuis le début de la crise, la banque a aussi mis en pause ou reporté les échéances de 36 150 prêts agricoles pour 14 000 clients. À la fin d’avril, le Crédit Agricole avait accordé au secteur agricole environ 390 millions d’euros de prêts garantis par l’État pour un total de 24,5 milliards tous secteurs confondus.

« Les demandes de prêts garantis par l’État pour l’agriculture sont marginales par rapport à celles des autres secteurs, mais pour ceux qui en ont bénéficié c’était un soutien très important », confirme Sébastien Prin, responsable du marché de l’agriculture à la Confédération nationale du Crédit mutuel. Il a constaté que les exploitations impactées, l’ont été très violemment, et que leurs difficultés de trésorerie sont apparues tout de suite. « Ce sont des situations que nous surveillons avec beaucoup de vigilance et nous appelons nos clients à nous signaler au plus tôt leurs difficultés », conseille-t-il.

Du côté de la Banque populaire, on assure que « l’urgence était de soutenir les trésoreries des clients pour passer le cap ». L’organisme bancaire a ensuite déclaré avoir mis en place des financements adaptés à chaque situation pour soutenir la reprise d’activité, reconstituer les stocks et la trésorerie.

« Les agriculteurs ont l’habitude de gérer des difficultés »

« J’estime que les filières agricoles ont bien tenu le choc, analyse Jean-Christophe Roubin d’un point de vue économique. Les activités se sont poursuivies malgré les problèmes de main-d’œuvre. Les agriculteurs ont l’habitude de gérer des difficultés, qu’elles soient liées à la météo ou aux prix sur les marchés internationaux. Il faut qu’on retrouve nos capacités logistiques, notamment pour l’exportation. Il faudra attendre la fin de 2020 et la fin de la campagne culturale pour pouvoir faire un bilan plus précis de l’impact de la crise sur le secteur. »

Alexis Marcotte et Marie Salset