La dynamique continue. Alors que les ventes de maisons de campagne s’étaient multipliées au second semestre de 2020 après le confinement du printemps, ce marché a continué son expansion en 2021. Le signe d’un attrait pour les zones rurales.

C’est ce que démontre le dernier observatoire des marchés fonciers des Safer présenté le 24 mai 2021 et réalisé grâce aux notifications qu’elles reçoivent des notaires.

Ces dernières identifient comme des maisons de campagne les bâtiments à usage de résidence principale ou secondaire vendus avec un terrain agricole ou naturel de moins de 5 hectares, libres de location lorsqu’elles sont acquises par des citadins ou des ruraux non-agriculteurs.

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Une année 2021 « exceptionnelle »

135 790, c’est le nombre de transactions enregistrées, soit une hausse une 21 % par rapport à 2020. Une année qui a atteint des « niveaux de transactions exceptionnels » selon les Safer. Ces ventes ont représenté 76 600 hectares et un montant de 32,2 milliards d’euros.

« C’est une hausse supérieure à celle de l’ensemble du marché immobilier ancien, qui a vu le nombre de ses transactions augmenter de 12 % », a expliqué Loïc Jégouzo, adjoint au directeur des études de la FNSafer.

Cette tendance cache des disparités régionales. Les Safer qui observent ce marché grâce aux notifications qu’elles reçoivent des notaires constatent que « les plus fortes densités de transactions sont notamment visibles sur le quart nord-ouest, le littoral sud-est ou encore l’axe rhodanien ». Les ventes ont été moins nombreuses dans la région Grand Est, le Massif Central et les Cévennes.

Un prix en hausse qui vieillit l’âge des acquéreurs

L’âge moyen des acquéreurs est de 45 ans et 3 mois, soit 8 mois de plus qu’en 2020. « Cet âge moyen progresse en lien avec l’augmentation des prix », analyse Loïc Jégouzo.

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Le lot moyen d’une maison à la campagne représentent 5 650 m² en 2021. Si sa surface reste stable par rapport à l’année précédente, son prix a augmenté de 9,3 % pour atteindre le montant de 199 000 €. C’est la première fois depuis 2015 que l’augmentation des prix des maisons à la campagne est supérieure à l’augmentation des prix de l’ensemble des logements anciens (+ 7 %).

« Une approche territorialisée souligne le poids de certains acheteurs, notamment ceux issus de l’attraction de Paris qui constituent a minima 10 % des acquéreurs sur l’ensemble du territoire national avec des niveaux sensiblement plus élevés en Bretagne, le long de l’axe de la Seine, en Dordogne ou encore dans le Var », écrivent les Safer dans leur observatoire.

Le marché de l’urbanisation explose aussi…

Si le marché des maisons déjà construites attire les acheteurs, c’est aussi le cas des terrains agricoles (avec du bâti ou sans) qui ont vocation à être urbanisés au moment de leur vente.

Leur surface échangée en 2021 atteint son niveau le plus haut depuis 10 ans. 33 600 hectares ont été acquis pour 40 710 transactions et pour un montant global de 6 milliards d’euros. « Ce sont des niveaux supérieurs à 2020, mais aussi à 2019, dans un contexte de vive activité du secteur de la construction », précise Loïc Jégouzo. L’accélération des transactions au cours de l’année 2021 suggère que le phénomène est plus qu’un rattrapage des opérations non réalisées en 2020 en raison du confinement du printemps et de la crise sanitaire.

« L’année 2021 est marquée par une très forte progression des constructions individuelles sur des terrains inférieurs à 1 ha en nombre (+ 33,5 %), en surface (+ 33,6 %) et surtout en valeur (+ 41,8 %) », peut-on lire dans l’observatoire des Safer. Ce dynamisme est particulièrement marqué dans les zones périurbaines des grandes métropoles et des zones frontalières. Les Safer citent notamment le Grand Paris, la conurbation lilloise et sa périphérie, l’axe Strasbourg/Metz ou encore l’aire lyonnaise. L’activité a aussi été très intense sur le pourtour méditerranéen et dans l’ouest de la France.

… et anticipe les mesures pour lutter contre l’artificialisation

Ce boom du marché de l’urbanisation s’explique par une relance de l’économie au cours de l’année 2021 et l’anticipation potentielle de contraintes à venir sur la consommation d’espaces ruraux avec les nouvelles mesures de la loi climat et résilience pour lutter contre l’artificialisation des sols.

Ce texte se fixe pour objectif de diviser par deux le rythme de l’artificialisation dans les dix prochaines années et d’atteindre le « zéro artificialisation nette » en 2050.

Les collectivités territoriales se devront de déployer cette politique au travers de leurs schémas de cohérence territoriale (Scot) en cohérence avec les schémas régionaux d’aménagement de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet). Des mesures dénoncées par certains maires qui considèrent qu’elles risquent de mettre les campagnes sous cloche.

En 50 ans, entre 1970 et 2020, la surface agricole utile a reculé de 10,2 % rappellent les Safer.

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Alexis Marcotte