Orientation haussière en blé et en colza mais les céréales fourragères croulent plutôt sous l’ampleur de l’offre mondiale.

Les prix repartent à la hausse en blé

Le blé a retrouvé une orientation haussière cette semaine et gagné entre 1 et 2,5 €/t, à 189,5 €/t, rendu Rouen et 189 €/t rendu La Pallice (base : juillet). La hausse a aussi été reflétée sur Euronext, l’échéance de mars s’affichant à plus de 196 €/t en milieu de journée ce vendredi 21 février 2020 contre 194 €/t le 14 février dernier.

Les prix français et européens sont soutenus actuellement par la faiblesse de l’euro face au dollar qui se trouve à son plus haut niveau par rapport à un panier de plusieurs monnaies depuis avril 2017. La faiblesse de l’euro favorise en effet la compétitivité des blés européens, ce qui est bienvenu dans un contexte où les prix de la mer Noire ont, quant à eux, continué de baisser.

Les blés russes à 12,5 % de protéines ont abandonné 2 $/t cette semaine à 222 $/t Fob et la même tendance a été suivie par les blés ukrainiens (à 217 $/t). En dollar, les blés français valent 216 $/t Fob Rouen et demeurent donc moins chers que les blés meuniers russes. Certes, ces blés meuniers russes sont plus riches en protéines que les blés français mais beaucoup de pays importateurs qui recherchent des blés entre 11 et 12 % de protéines ne sont pas prêts à payer une prime pour un taux de protéines dont ils n’ont pas besoin.

Les blés français sont donc attractifs sur le pourtour méditerranéen par exemple et pourraient peut-être faire partie des origines retenues par l’Arabie pour son appel d’offres en cours de 715 000 tonnes pour livraison en avril-juin. En effet, ce pays recherche des blés à taux de protéines élevés mais a réservé une petite part de son appel d’offres (60 000 tonnes) pour des blés à 11 % de protéines.

Pour le reste de l’appel d’offres, ce seront certainement des blés baltes, allemands ou polonais qui devraient l’emporter : ces blés sont 1 à 2 $/t moins chers que les blés russes sur le créneau du blé à 12,5 % de protéines et de surcroît, l’Arabie reste encore très prudente avec les blés russes à cause de leur dégradation potentielle due aux punaises « bug damage ».

Le marché européen est donc tenu actuellement par une activité dynamique ; la Jordanie et le Bangladesh ont aussi lancé des appels d’offres pour 120 et 50 000 tonnes respectivement qui se termineront les 25 et 27 février.

Il est à noter toutefois que l’appel d’offres de la Jordanie concerne déjà des livraisons sur la prochaine campagne. La Turquie, quant à elle, a acheté 250 000 tonnes cette semaine pour chargement en mars (origine non spécifiée).

Plus tôt dans la semaine, le blé s’était nettement apprécié à Chicago en raison de l’espoir de certains opérateurs de voir la Chine acheter du blé US à la suite des accords commerciaux récents entre les deux pays. Parallèlement, une nouvelle révision en baisse de la récolte australienne par l’organisme officiel Abares a aussi poussé les prix vers le haut en début de semaine.

Une récolte de blé UE en forte baisse

Au Royaume-Uni cette semaine, la publication par le AHDB (l’équivalent de FranceAgriMer) des chiffres provisoires sur les surfaces semées en blé a entériné un niveau extrêmement bas : ces surfaces auraient chuté de 17 % si bien que la production de blé anglaise en 2020 s’annonce historiquement basse, à moins de 11 millions de tonnes (contre plus de 16 millions de tonnes en 2019).

Cette dégringolade résulte de l’énorme excès de pluies au moment des semis d’hiver et jusqu’à récemment, les semis tardifs ne pouvant même pas avoir lieu. Cette chute au Royaume-Uni, combinée à celle attendue en France, conduit le Coceral (l’union des exportateurs européens) à publier un premier chiffre de récolte à 137,9 millions de tonnes de blé pour l’UE (28) en 2020, en baisse de 7 millions de tonnes par rapport à l’an dernier.

L’orge en baisse

Le marché de l’orge est animé actuellement par les pays du pourtour méditerranéen : la Jordanie a lancé un appel d’offres pour 120 000 tonnes d’orge (clôture des offres le 26 février) et la Tunisie vient d’acheter 75 000 tonnes d’orge pour chargement en mars-avril. La Tunisie a payé un prix proche de 206 $/t à destination. Il s’agit d’un niveau inférieur à ce qu’elle a payé la dernière fois (–6,7 $/t), illustrant la baisse en cours des prix de l’orge sur le marché mondial.

Les origines qui vont servir cet achat ne sont pas connues mais on peut remarquer que ce prix de 206 $/t équivaut à environ 185-186 $/t Fob Rouen ou bien 182 $/t Fob mer Noire.

Les orges françaises valent justement environ 185 $/t Fob actuellement alors que les orges de la zone de la mer Noire se situent à plus de 190 $/t. Il y a donc des chances que l’Europe serve une partie de cet achat tunisien.

Sur le marché intérieur, les orges françaises sont restées quasi stables cette semaine à 162 €/t rendu Rouen (en base juillet) mais leur prix en dollar a chuté de 2 $/t grâce à la faiblesse de l’euro.

Sur le créneau brassicole, les prix ont abandonné 1 €/t aussi bien pour les valeurs d’hiver que de printemps, à 159 et 161 €/t Fob Creil respectivement (base juillet). Les primes brassicoles (différence entre prix brassicole et prix fourrager) sont très faibles (voire nulles) reflétant un gros surplus.

Le maïs en ordre dispersé

Le maïs s’est apprécié sur le Rhin (+1 €/t, à 170,5 €/t, en base juillet) mais a perdu 1,5 €/t sur la façade atlantique, à 166,5 €/t Fob Bordeaux (en base juillet).

Sur le marché mondial, la plupart des origines ont abandonné entre 1 et 3 $/t poussées vers le bas par les bonnes perspectives de récolte en Amérique du Sud (les premiers rendements sont bons en Argentine).

Par ailleurs, l’USDA, dans le cadre de son « outlook report », a publié cette semaine une première estimation de semis de maïs pour la prochaine récolte aux USA : cette dernière confirme une forte remontée des surfaces après la situation désastreuse de 2019 et cela a pesé sur les prix même s’il ne s’agissait pas d’une surprise.

Le prix du colza soutenu par la parité euro/dollar

Alors que les prix des huiles sont toujours en berne à la suite de l’épidémie de coronavirus qui ralentit fortement l’économie chinoise, les prix du colza français se maintiennent cette semaine. Ils gagnent même 1 €/t à Rouen (397 €/t) et 1,5 €/t en Fob Moselle (403,5 €/t).

En effet, la parité euro/dollar est sous pression et se retrouve au plus bas depuis trois ans à 1,08. Cela renforce l’attractivité des colzas français sur le marché mondial. La récente évolution de cette parité résulte de la publication d’indicateurs économiques et industriels américains réjouissants, tandis que ceux de ce côté de l’Atlantique restent en berne.

Les conditions climatiques de la semaine ont permis de maintenir un état globalement satisfaisant des colzas dans l’UE. Les dernières semaines ont été bien arrosées. Seul l’est de l’UE souffre encore d’un déficit hydrique. Un hiver doux et l’arrivée précoce du printemps favorise toutefois des attaques assez virulentes d’altises. Cela rend aussi les cultures particulièrement vulnérables à un épisode de gel tardif.

Par ailleurs, un temps excessivement sec suivi d’une période très humide a affecté certains champs de l’Europe de l’Ouest. C’est au Royaume-Uni qu’est attendu le taux de perte le plus important en termes de surface.

Ralentissement de la demande mondiale en huile

Au Canada, les prix du canola ont reculé de 2 à 4 $/t sur la semaine. Ils subissent la pression des cours des huiles au niveau mondial, ainsi que celle du soja.

L’huile de palme, quant à elle, recule encore de 40 $/t entre le 13 et le 20 février à Rotterdam (à 710 $/t), sous l’effet d’un ralentissement de la demande mondiale. Les acheteurs chinois sont pour le moment en retrait. Les mesures sanitaires prises par la Chine pour tenter de contenir l’épidémie de coronavirus restreignent fortement les mouvements de personnes et de marchandises. Ainsi la consommation de biens est fortement réduite par rapport à son rythme habituel depuis quelques semaines.

Toutefois, un peu d’optimisme du côté de la demande est à noter sur la toute fin de semaine. L’Inde a en effet accordé le 20 février des licences d’importation à ses acheteurs pour 1,1 million de tonnes d’oléine de palme, en provenance exclusivement de l’Indonésie. L’Inde boycotte les achats d’huile de palme raffinée malaisienne depuis le mois dernier, en rétorsion du désaccord entre les deux pays sur le statut spécial du Cachemire (son autonomie partielle lui a été retirée en aout dernier par le gouvernement indien, décision ouvertement critiquée par la Malaisie). Les achats de l’Inde étaient ralentis depuis.

Climat baissier pour le soja

Le cours du soja à Chicago recule de 1 à 2 $/t sur la semaine. La faible présence des acheteurs chinois (liée au coronavirus mais aussi à la faible compétitivité du soja US par rapport à son concurrent brésilien) pèse sur les prix.

De plus, les conditions climatiques continuent d’être favorables au développement des plantes en Amérique du Sud. Des précipitations abondantes en alternance avec des journées chaudes et ensoleillées favorisent le remplissage des gousses qui est une phase clef de l’élaboration du rendement.

De plus, l’USDA vient de publier sa première estimation de la surface en 2020. Pour le soja, elle est prévue en hausse de 12 %, ce qui devrait entraîner un rebond des disponibilités à l’automne prochain. Cela a aussi contribué à maintenir les cours du soja sous pression.

Le prix du tourteau de soja tressaille légèrement cette semaine aux USA et dans l’UE (+1 $/t et +1 €/t respectivement). Le tourteau de soja est actuellement très attractif dans les rations animales. Les évolutions récentes de prix lui ont fait gagner en intérêt auprès des fabricants d’aliments, notamment aux dépens du tourteau de tournesol qui s’est fortement renchéri, mais aussi aux dépens du blé.

Le prix du pois fourrager cède 2 €/t cette semaine, faute d’intérêt des acheteurs. Le prix du pois doit descendre encore fortement pour retrouver le chemin des rations.

Le prix du tournesol chute aussi

Les cours des tournesols en France subissent, comme le soja, les conséquences du virus qui affecte l’économie chinoise.

En mer Noire, les prix Fob perdent 5 $/t cette semaine faisant suite au recul des cours mondiaux des huiles. Les prix à Saint-Nazaire suivent ce mouvement – en partie seulement en raison de l’évolution favorable de la parité euro/dollar – et reculent de 2,5 €/t sur la semaine.

Tallage

À suivre : compétitivité UE/mer Noire en blé et orge, conditions climatiques en Amérique du Sud (soja, tournesol), avancée de la récolte de soja et de maïs en Amérique du Sud, état des cultures du colza et des céréales en mer Noire et dans l’UE (vigilance accrue pour les gels tardifs et la sécheresse), parité euro/dollar, achats d’huiles de la Chine et de l’Inde, stocks d’huile de palme en Asie du Sud-Est.

Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en repli, se maintient à un niveau élevé

Les prix du colza reculaient jeudi 29 juillet 2021 dans l’après-midi, dans la lignée du canola, se maintenant toutefois autour de 530 euros la tonne.