En quelques jours à peine, le marché, qui totalise près de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, a perdu toute sa clientèle issue de la restauration, celle des cantines, ainsi que son activité de fleurs fraîches, après la fermeture des restaurants, écoles, universités et des commerces non-alimentaires.

« Confinés, nous ne consommons pas exactement les mêmes choses que lorsque nous allons à la cantine ou au restaurant », explique Stéphane Layani à l’AFP lors d’un entretien téléphonique le 21 mars 2020. D’où un travail « très dur » pour réorganiser les flux de distribution des 1 200 entreprises présentes à Rungis. « On travaille 20 heures sur 24. »

Fluctuation inhabituelle des prix

Les coquillages et fruits de mer des mareyeurs, fierté des brasseries parisiennes, ont dû être écoulés par la grande distribution après la fermeture des restaurants. Bovendis, fournisseur de la restauration, a dû trouver d’autres clients pour ses viandes. Ces changements ont créé des fluctuations inhabituelles sur les prix de gros.

Le cours de la pomme de terre s’est envolé lundi par crainte de pénurie avant la prochaine récolte, suivi par les aubergines et les courgettes importées de l’Espagne, par peur de problèmes d’acheminement. Le poisson a fortement baissé, après la fermeture des principaux acheteurs des produits de la mer, les restaurants, qui constituent 20 % du chiffre d’affaires de Rungis.

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De la solidarité

« Malgré cela, on a assisté à beaucoup de solidarité pour éviter le gaspillage alimentaire », salue Stéphane Layani. Des patrons de la distribution d’ordinaire peu présents à Rungis, dont Thierry Cotillard (Intermarché), « se sont manifestés » pour racheter des stocks qui restaient sur le carreau, invendus.

« On n’est plus du tout dans les bisbilles traditionnelles de prix entre producteurs et distributeurs », relève Stéphane Layani. « On est en guerre contre le virus et Rungis prend part au combat, l’ensemble de la chaîne reste uni, même si en ce moment, c’est compliqué », avoue-t-il.

L’alimentation des Français confinés constituant un sujet stratégique, le président de Rungis participe deux fois par jour à une réunion avec les industriels de l’agroalimentaire, les patrons de la distribution, des représentants du ministère de l’Économie et de celui de l’Agriculture et de l’Alimentation.

« On essaie de désamorcer tous les problèmes », logistique, acheminement, déstockage, « et il y en a beaucoup », confie-t-il : manque de masques pour certains salariés, manque de salariés dans certaines entreprises…

Mesures sanitaires renforcées

À l’intérieur de Rungis, les conditions sanitaires se sont encore renforcées le week-end du 20 et 21 mars. « Nous avons augmenté les effectifs de nettoyage en matinée, l’utilisation des canons à mousse et du rinçage à haute pression, et interdit les visites de toute personne extérieure au marché », détaille Stéphane Layani. Ce qui explique qu’aucune caméra n’ait filmé le marché depuis que le coronavirus s’est propagé.

À partir de ce lundi 23 mars 2020, un sas sanitaire à l’entrée de chaque pavillon obligera chaque entrant à se laver les mains. Des contraventions pouvant aller jusqu’à 450 euros tomberont sur les récalcitrants.

Autre changement, qui suspend au moins temporairement une vieille tradition du marché de gros : l’aire de vente devant les magasins va être fermée, empêchant toute conclusion de contrat glissée « dans l’oreille » du client. « Les commandes se feront à l’entrée, les livraisons à quai, nous avons créé des césures pour éviter les contacts et la transmission du virus », souligne le président de Rungis.

L’enjeu des marchés de plein air

Aujourd’hui, alors que certains médecins réclament un renforcement des contraintes de circulation, notamment l’interdiction des marchés forains pour freiner la propagation du virus, Stéphane Layani juge « très important » que les gens puissent continuer d’aller faire leurs courses sur les marchés de plein air et que « la chaîne alimentaire tienne ».

Stéphane Layani a « appelé François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), pour lui demander si les municipalités pouvaient aider les marchés à s’organiser » en installant des barrières pour réguler les flux de clients, des zones d’attente, ou en proposant du gel hydroalcoolique.

Avec l’AFP