« Nous suspendons [les blocages] et nous rencontrons le 3 [décembre] au matin, c’est-à-dire mardi matin à 9h30, (le Premier ministre) Édouard Philippe et ses conseillers avec les Jeunes Agriculteurs pour refaire un point sur l’ensemble des sujets », a déclaré en soirée Christiane Lambert à l’issue d’un rendez-vous au ministère de l’Agriculture.

Rencontre à haut niveau

Cette entrevue avec la secrétaire générale adjointe de l’Élysée, Anne de Bayser, les conseillers agricoles de l’Élysée, et le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, était le point d’orgue d’une journée d’action nationale contre la détérioration de la situation économique des agriculteurs. Elle faisait suite à la mobilisation du 8 octobre 2019 avec le slogan « France, veux-tu encore de tes paysans ? », ainsi qu’à celle du 22 octobre où les manifestants ont directement interpellé le président de la République.

Les agriculteurs manifestaient aujourd’hui encore à l’appel de la FNSEA et JA. Ils entendaient exprimer leur désarroi face aux difficultés économiques qui s’accumulent et à la défiance d’une partie des citoyens, notamment concernant les zones de non-traitement (ZNT) destinées à protéger les populations lors de l’épandage de pesticides.

« Des décisions difficiles »

« Nous avons beaucoup ferraillé, nous savons qu’il y a des décisions difficiles, les acteurs doivent jouer le jeu », a expliqué Christiane Lambert. Évoquant la question épineuse des ZNT, très mal vécues par les agriculteurs, Christiane Lambert a indiqué que ce « n’était pas une question de distance » mais « plus une question de bonnes pratiques ».

Elle a dénoncé un débat « complètement hystérisé par des décisions polémiques, politiques », prises « dans une période préélectorale » et qui, comme l’a dit le président de la République, a-t-elle souligné, relèvent de « la compétence des agences, de l’Anses, et de la responsabilité du code de l’environnement ».

La science contre l’obscurantisme

« Je fais confiance à mon médecin. Quand (il) me dit de me faire vacciner, je le fais. Nous devons tous faire davantage confiance à la science », a-t-elle ajouté, en rappelant que les agriculteurs utilisent des produits autorisés selon des conditions établies par l’Anses, l’agence de sécurité sanitaire.

« Si la science dit qu’on peut aller à zéro mètre, le gouvernement suivra : c’est ce qu’ont dit le ministère de l’Agriculture et la représentante du président de la République », a affirmé Christiane Lambert.

Un ministre satisfait

De son côté, Didier Guillaume a estimé que la réunion « s’était très bien passée » : « Nous soutenons ce mouvement, parce que sur les deux points revendiqués, ils ont raison. Premièrement, il faut cesser ce dénigrement permanent des agriculteurs. Les agriculteurs et agricultrices ne sont pas des pollueurs. […] Le deuxième sujet sur lequel nous les soutenons, c’est que le revenu des agriculteurs aujourd’hui n’est pas assez élevé. »

Venus de six régions entourant la capitale, les agriculteurs en tracteur avaient prévu au départ de se rassembler sur l’avenue Foch, où les forces de l’ordre les attendaient. Ils ont finalement mené des opérations escargot sur le périphérique, en espérant une rencontre avec le président de la République Emmanuel Macron, tandis qu’environ 200 agriculteurs, venus à pied ou en voiture, étaient massés à un carrefour sur les Champs-Élysées.

Fin des blocages

Au début de la soirée, les dirigeants de la FNSEA et de JA, ainsi que Damien Greffin, président de la FDSEA Île-de-France, sont venus présenter les résultats de l’entrevue à la centaine de manifestants encore présente sur les Champs-Élysées. « On a obtenu un certain nombre d’avancées », a estimé Damien Greffin, en indiquant qu’on « s’acheminait vers une sortie de l’action dans les minutes et les heures qui viennent. On va entamer le mouvement de retour. »

Certains groupes d’agriculteurs présents sur le périphérique avaient toutefois plus de mal à renoncer à la mobilisation à la porte Dauphine (ouest) et près de la porte d’Orléans (sud), où Mathieu Garnotel (agriculteur dans la Marne) restait ainsi dans son tracteur. « On trouve qu’il n’y a pas vraiment d’avancées. [...] On se pose la question de savoir si on va avenue Foch ». En tout cas, « il y a 80 % de chances qu’on reste là cette nuit », a-t-il assuré.

Interrogé par l’AFP sur cette intention de certains agriculteurs de rester sur le périphérique, le secrétaire général des Jeunes Agriculteurs Ile-de-France, Frédéric Arnoult, a évacué cette perspective. « C’est de notre responsabilité de lever le barrage, et nous allons le faire », a-t-il assuré. Le mouvement a également touché les régions de Lyon, du Mans, de Clermont-Ferrand et de Toulouse.

AFP