Sur la place des Invalides à Paris, juste à la sortie du métro, une trentaine des mannequins vêtus d’une cotte de travail et pendus aux arbres interpellent les passants plus habitués aux costumes cravate de mise dans ce quartier qui accueil plusieurs lieux de pouvoir.

Une trentaine de « pendus » bordaient un morceau de l’esplanade des Invalides ©C.Faimali/GFA

Ce jeudi 4 mars 2021 au matin, des banderoles bordent également ce petit bout de la place qui a été investi par une centaine d’agriculteurs vêtus de chasubles jaunes aux couleurs de la Coordination rurale.

« Deux suicides d’agriculteur par jour »

Si le rassemblement est convivial, bon enfant et ensoleillé, le message que veulent faire passer ces agriculteurs ne prête pas à sourire. Les pendus symbolisent les disparitions d’exploitations pour des raisons économiques, des départs à la retraite mais également à cause de suicides d’agriculteurs.

Un Manifeste contre « les fermes qui ferment » trône entre deux arbres. La Coordination rurale estime que deux agriculteurs se suicident tous les jours et que le malaise agricole est au plus haut.

La Coordination rurale met en avant son manifeste contre les « fermes qui ferment » ©C.Faimali

Montrer aussi l’agriculture « qui va mal »

La date de cette manifestation n’a pas été choisie au hasard pour faire passer ce message car le salon de l’Agriculture devrait se tenir actuellement. « Au salon de l’Agriculture on parle toujours de ce qui va bien, c’est-à-dire de l’excellence et c’est le lieu pour cela, explique Bernard Lannes, président de la Coordination rurale.

Il y a 15 000 dépôts de bilan par an rappelle Bernard Lannes le président de la Coordination rurale ©C.Faimali/GFA

« Mais nous, on voulait venir aussi devant le grand public pour dire qu’il y a une autre réalité, poursuit le président du syndicat. C’est-à-dire une agriculture qui va mal c’est celle qui fait l’alimentation de masse qui aujourd’hui ne retrouve pas des prix rémunérateurs et avec cela c’est donc 15 000 dépôts de bilans par an et aussi toujours des agriculteurs qui se suicident tous les jours. »

Besoin de « régulation »

Le syndicat souhaite donc retrouver des prix rémunérateurs et de la souveraineté alimentaire. « Les États généraux de l’alimentation nous ont laissés au milieu du gué et aujourd’hui nous demandons de l’organisation, c’est-à-dire de la régulation, de la contractualisation et qu’on en finisse avec ce round qu’il y a avec la grande distribution où aujourd’hui on est laissé pour compte », détaille Bernard Lannes.

La Coordination rurale s’oppose aussi aux accords de libre-échange qu’il juge dangereux pour l’agriculture française. Si elle a décidé de se réunir dans ce lieu et non sur une exploitation ce n’est pas non plus par hasard. « On a vu que d’autres syndicats ont choisi d’aller dans les fermes et de revenir sur le terrain. Et bien nous, on est venu ici parce qu’il y a de l’herbe on est plein air et c’est un peu le symbole d’une agriculture qui a les pieds sur terre. »

« Agriculteurs en détresse »

« Pour nos produits des prix pas de mépris », « Agriculteurs en détresse », indiquait notamment certaines pancartes tenues par des manifestants. D’autres ont allumé des fumigènes jaunes.

Le rassemblement s’est terminé aux alentours de midi, les agriculteurs ont symboliquement posé un genou à terre sur une butte de verdure, face au pont Alexandre III et dos aux Invalides.

Une délégation de trois membres de la Coordination rurale est allée remettre le manifeste à l’Assemblée nationale, au Sénat et à Matignon. Plus tôt dans la matinée elle s’était rendue au Ministère de l’agriculture pour afficher ce manifeste.

Une délégation a déroulé le manifeste devant le ministère de l’Agriculture ©C.Faimali/GFA

Marie-Astrid Batut.