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Un an après l’incendie, la page Lubrizol est tournée

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Pollution - Un an après l’incendie, la page Lubrizol est tournée
L’incendie du site Seveso avait provoqué des mesures de restriction de mises sur le marché en Normandie et dans les Hauts-de-France. © EPA/MAXPPP

Douze mois après l’incendie qui a ravagé l’usine de Lubrizol, près de Rouen, les agriculteurs touchés par les mesures de restriction ont presque tous été indemnisés.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019, un incendie a ravagé l’usine Lubrizol de Rouen, site classé Seveso. Un panache de fumée a recouvert plusieurs départements du nord et de l’ouest de la France, provoquant deux jours plus tard des restrictions de mises sur le marché de produits agri­coles (produits laitiers, miel, œufs, produits végétaux et piscicoles) issus de cinq départements  : la Seine-­Maritime, la Somme, l’Aisne, l’Oise et le Nord. L’ensemble de ces restrictions n’ont été levées que le 18 octobre, après avis de l’Anses (1).

Indemniser rapidement

Dès le 3 octobre 2019, l’interprofession laitière avait annoncé la mise en place d’avances de paiement sur le lait non collecté. Le 25 octobre, le Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE) signait une convention avec Lubrizol. L’objectif était clair : indemniser le plus rapidement possible les agriculteurs impactés par les mesures de restriction, grâce à un fonds de solidarité abondé par l’industriel.

Un an plus tard, le président du FMSE, Joël Limouzin, déclare n’avoir aucun regret sur le déroulement de la procédure. « L’agriculture est l’un des secteurs où la prise en charge des indemnisations a été la plus rapide », se réjouit-il. « Nous avons réussi à faire front tous ensemble, rapporte Laurence Sellos, présidente de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. C’est une grande satisfaction pour la profession. »

Des indemnisations en deux phases

Dans ce département, ce sont 800 exploitants, dont 300 laitiers, qui ont été touchés. Une première phase d’indemnisation lancée début novembre 2019 a permis aux agriculteurs de compenser les pertes directement liées à la destruction ou à la consignation des produits animaux ou végétaux.

La deuxième phase, lancée au printemps 2020, a quant à elle permis de réparer les préjudices indirects, notamment la perte de chiffre d’affaires des exploitations en vente directe. Pour celles-ci, la situation est quasiment revenue à la normale et « la clientèle est de nouveau au rendez-vous », assure Joël Limouzin.

« L’essor de l’approvisionnement de proximité durant la crise de la Covid-19 a permis de pérenniser une part de la nouvelle clientèle », explique de son côté Jérôme Auckenthaler, directeur général de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. Un « hic  » subsiste pour les fermes pédagogiques, qui souffrent encore de la fermeture liée à l’incendie, mais aussi de la crise sanitaire. « Nous avons des exploitations en grande difficulté à cause de l’interdiction d’ouverture, et qui connaissent des pertes de chiffre d’affaires importantes », souligne Jerôme Auckenthaler.

« Pas de conséquences à moyen et long terme »

« Aujourd’hui, à part un ou deux agriculteurs dont les dossiers sont en cours de traitement, tous les agriculteurs ont été indemnisés, explique Joël Limouzin. En cas de désaccord sur le montant, nous avons convoqué des comités ad hoc. Mais il n’y a pas aujourd’hui de remise en cause des situations financières des exploitations. » C’est aussi le discours tenu par la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. « Lubrizol a été traumatisant, mais nous ne subissons pas de conséquences à moyen ou long terme, rapporte Jérôme Auckenthaler. Nous aspirons plutôt à tourner la page. »

Pourtant, le dossier Lubrizol n’est pas tout à fait clos. La Direction générale de l’alimentation poursuit ses relevés pédologiques et ses analyses sur les denrées alimentaires afin de déterminer la présence de métaux lourds ou d’autres contaminants. Si présence il devait y avoir, le FMSE n’exclurait pas la possibilité de se retourner contre l’industriel.

Alessandra Gambarini

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

La filière laitière souffle

Quelque 700 000 litres de lait collectés ont été quotidiennement jetés pendant la crise. « Ces volumes ont été indemnisés à hauteur du prix réel, indique Thierry Roquefeuil, président du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). Les 3,5 millions d’euros débloqués par l’interprofession ont été remboursés par Lubrizol cet été. » Du côté des producteurs fermiers, l’indemnisation s’est faite « auprès du fonds Lubrizol, selon la nature des produits », explique Jérôme Auckenthaler, directeur de la chambre d’agriculture de la Seine-Maritime. « Le dossier est toujours en cours de traitement, déplore Samuel Molard, éleveur du département. Et certains frais annexes, comme la poudre de lait des veaux et les bennes de maïs ensilage supplémentaires, ne seront jamais pris en charge. » Au Gaec voisin de La Vache de Louvicamp, le lait voué à être transformé sur place a déjà été indemnisé au prix de la laiterie, mais les producteurs ont dû faire une croix sur « la plus-value obtenue sur les marchés. »

A. Courty

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Cet article est paru dans La France Agricole

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