Il aurait dû ne pas se retrouver sur la place publique. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL, association spécialisée de la FNSEA) a publié sur son compte Twitter un document in­terne de 15 pages de la Coopé­ration agricole.

Contenant 11 propositions d’amendements, il est adressé aux sénateurs de la commission des affaires économiques, qui débattent de la loi dite Egalim 2 visant à protéger la rémunération des agriculteurs. Son examen en séance publique commencera le 21 septembre 2021.

La FNPL accuse…

La FNPL accuse la Coopération agricole de ma­nœu­vrer pour détricoter la version de la loi votée à l’Assemblée nationale le 24 juin 2021. Deux propositions ont notamment fait sortir de ses gonds Thierry Roquefeuil, président de la FNPL :

  • Ne pas rendre obligatoire la pondération des indicateurs de référence dans le calcul des prix à tous les volumes (la n° 1) ;
  • Supprimer l’article créant un affichage informant le consommateur des conditions de rému­né­ration des agri­culteurs (la n° 10 sur le rémunéra-score) ;

« S’il n’y a pas la loi et l’obligation, le conseil d’administration de la coopérative va continuer à faire ce qu’il veut, estime l’éleveur du Lot contacté par La France agricole. La Coopération agricole serait sortie grandie si elle disait que son métier initial est de trouver une meilleure rémunération pour ses adhérents sociétaires. »

« La loi inverse la construction du prix et part de l’amont. C’est à eux (NDLR : les coopératives) après, de négocier avec la distribution et d’aller jusqu’au bout. Je sais que c’est plus difficile pour eux, je le conçois », concède le président de la FNPL.

… la Coopération agricole assume

À la Coopé­ration agricole, Dominique Chargé, son président, assume le contenu du document, tout en précisant que s’il est identique, le document publié n’est pas « à ce stade complètement abouti ».

S’il explique être en phase avec « l’esprit de la loi, qui est la revalorisation des produits et l’amélioration des revenus de l’agriculteur » et réfute tout « détricotage », il est en contradiction avec les méthodes choisies, qui pénalisent les coo­pératives. « Sur la façon de faire, on est un petit peu plus dubitatif. On veut que ça reste applicable au fonctionnement coopératif comme d’ailleurs ça avait été le cas dans la loi Egalim 1 et que cette loi ne finisse pas par être une encore une fois une prime aux importations », argue le président de la Coopération agricole interrogé par La France agricole.

Sur le rémunéra-score, Dominique Chargé craint que le schéma voté par les députés discrimine les coopératives : « La rémunération indiquée ne prendrait en compte que la valeur du prix au moment de la livraison. Or, le prix en coopérative, il est fait tout au long de l’année avec des compléments et surtout à la fin de l’année par des ristournes sur les résultats », explique-t-il.

« Je peux vous dire qu’il y a des coopératives qui ristournent en fin d’année des sommes tout à fait importantes auxquelles les adhérents tiennent qui font partie du prix. Donc je ne vois pas pourquoi on discréditerait un système qui fonctionne plutôt bien aujourd’hui et qui peut apporter de la valeur tout au long de l’année », conclut celui qui est également vice-président de la coopérative Terrena.

Alexis Marcotte