Trop c’est trop ! Le report sine die des ordonnances de la loi alimentation sur la hausse du seuil de revente à perte (SRP) et l’encadrement des promotions, évoqué à demi-mot lors d’une réunion au ministère de l’Agriculture le 3 décembre 2018, enrage la FNSEA. « Ce n’est pas une menace, c’est une annonce : nous serons dans la rue très prochainement pour dire stop au matraquage des agriculteurs et pour que le gouvernement tienne ses promesses », a lâché sa présidente, Christiane Lambert, le jour même sur France Info.

Réuni les 4, 5 et 6 décembre dans la Marne pour son université d’hiver, Jeunes Agriculteurs (JA) devrait se prononcer à son tour sur l’opportunité d’une mobilisation. « Le réseau nous dira ce qu’il a envie de faire, confie Jérémy Decerle, son président. Il espère une publication des ordonnances « la semaine prochaine, mais reconnaît que sur le terrain, les sources de mécontentement dépassent largement le seul cadre de la loi alimentation… Bientôt des gilets verts aux côtés des gilets jaunes.

Dilemme

Les agriculteurs n’ont pas attendu un mot d’ordre syndical pour se joindre, en leur nom propre, à la contestation générale que connaît le pays. Mais une action nationale sous la bannière du syndicalisme majoritaire, même officiellement indépendante des gilets jaunes, même autant ciblée contre les grands distributeurs que contre l’État, apporterait une nouvelle dimension au mouvement.

À la Coordination rurale (CR), on invite les adhérents à le rejoindre « à titre individuel, afin d’éviter « les étiquettes et la récupération, explique Damien Brunel, secrétaire général adjoint. Mais certainement pas pour les mêmes motifs que ceux avancés par la FNSEA. » Pour la CR, le report du projet d’ordonnance sur le seuil de revente à perte est une aubaine. « L’augmentation du SRP, c’est obliger les grandes surfaces à revendre tous les produits alimentaires au moins 10 % plus cher qu’elles ne les ont achetés, explique la CR, dans un communiqué du 4 décembre. Face à « la crise que nous traversons », elle s’inquiète de la « hausse des prix pour les consommateurs sans ruissellement pour les agriculteurs ».

Retarder la publication des ordonnances, quitte à faire descendre des agriculteurs dans la rue, ou les publier rapidement au risque de renvoyer une nouvelle image désastreuse en défaveur du pouvoir d’achat des Français, tel est le dilemme du gouvernement.

Alain Cardinaux