Alors que les 28 dirigeants de l’Union européenne réunis ce vendredi 21 octobre 2016 en sommet à Bruxelles sont toujours dans l’attente d’un oui de la Wallonie, la région francophone du sud de la Belgique, au traité, Matthias Fekl a affirmé au micro de RMC et BFMTV que l’Europe « ne (pouvait) pas se construire à coup d’oukases et à coup d’ultimatums ».

Les Wallons résistent

« Les Wallons sont mis devant le fait accompli, a jugé le représentant français. Les Parlements arrivent en fin de processus et ont le choix entre dire oui ou non et certains même voudraient qu’ils aient le choix entre dire oui ou oui ». Le gouvernement wallon refuse toujours de donner les pleins pouvoirs au fédéral pour signer l’accord en raison d’une série de problèmes qu’il pointe dans le texte.

Le chef du gouvernement wallon Paul Magnette « n’a à aucun moment pu rencontrer les différents négociateurs » et ne peut pas revenir devant son Parlement en disant « voilà, j’ai pu faire part de vos préoccupations », a relevé Matthias Fekl en disant comprendre « parfaitement » la situation dans laquelle se trouve Paul Magnette.

Une signature prévue le 27 octobre

Le traité de libre-échange doit être en principe signé le 27 octobre à Bruxelles entre les 28 États membres et le Canada, en présence de Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. Si par la suite le Parlement français « dit non » au Ceta, « l’ensemble du traité sera invalidé », a également affirmé Matthias Fekl.

Le secrétaire d’État, qui avait demandé en septembre au nom de la France la suspension des négociations sur un traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis, le Tafta ou TTIP, a par ailleurs estimé que celui-ci « ne verra pas le jour. Nous devons avec une nouvelle administration américaine reprendre sur des bases totalement nouvelles, transparentes. »

Un Premier ministre belge « pas rassuré »

Charles Michel, le Premier ministre belge, s’est dit « pas rassuré » sur les chances que l’UE (Union européenne) puisse approuver le Ceta aujourd’hui. « On a passé la nuit à tenter de trouver des formules, des solutions. J’ai moi-même eu un contact avec Justin Trudeau, afin de voir quelles étaient encore les capacités de prendre en compte les préoccupations exprimées », a-t-il déclaré en arrivant au sommet européen à Bruxelles.

« Je ne suis pas rassuré parce que j’ai le sentiment qu’il y a une radicalisation des positions du côté du gouvernement wallon, a-t-il ajouté. Nous sommes proches de l’heure de vérité ; dans les heures qui viennent nous aurons de la clarté. […] Je veux sortir de cela par le haut mais je ne suis pas totalement rassuré pour vous dire franchement. »

« La négociation est en cours, il n’y a pas de raison de dire que nous sommes dans l’impasse, a nuancé Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, quelques minutes plus tard en arrivant au sommet. Je n’ai pas de message particulier à faire parvenir à la Belgique. Les représentants de la Commission, du gouvernement wallon et la ministre canadienne se sont réunis à Namur, les négociations sont en train de se dérouler normalement. »

Le soutien de JA à la Wallonie

Dans un communiqué diffusé le 20 octobre 2016, la veille du sommet européen, JA dit « apporter un soutien total aux autorités wallonnes et félicite Paul Magnette, ministre président de la Wallonie, pour son courage politique. Les positions de la Wallonie doivent interroger les décideurs français : les conséquences de cet accord international sont très inquiétantes concernant l’agriculture. »

Le syndicat rappelle les inquiétudes de la profession pour les filières des viandes, avec l’ouverture de contingents d’importation supplémentaires de viande bovine (45 000 tonnes) et de viande porcine (75 000 tonnes) en provenance du Canada. « La France a dit non au Tafta (1) il y a quelques semaines. Pourquoi allons-nous signer un accord commercial de la même sorte avec le Canada maintenant, dont les conséquences pour le secteur agroalimentaire sont sensiblement les mêmes ? »

Interbev enfonce le clou

Dans une lettre ouverte diffusée à la presse le 20 octobre 2016, Interbev dénonce « une énième provocation faite aux professionnels de la filière bovine au sujet de cet accord qui, nous ne cessons de vous le répéter, mettra en péril la survie de plusieurs centaines d’exploitations et d’entreprises de viandes bovines sur notre territoire. Les éleveurs ont TOUT à craindre du Ceta. »

De quelle provocation s’agit-il ? De la réponse donnée par Harlem Désir, le secrétaire d’État représentant le gouvernement français à l’occasion d’un « débat préalable à la réunion du Conseil européen des 20 et 21 octobre » à Gérard Bailly, sénateur du Jura, inquiet des conséquences de cet accord pour les producteurs de viandes bovines français. « Soyez assuré que l’élevage français n’a rien à craindre du Ceta, qui lui offrira au contraire de nouveaux débouchés », a assuré Harlem Désir.

Avec l’AFP