La France « ne signera pas en l’état » l’accord de libéralisation commerciale entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, a affirmé le jeudi 4 février 2021, Franck Riester, ministre français du Commerce extérieur, qui « attend des garanties tangibles et objectivables » des quatre pays concernés « sur l’environnement et les normes sanitaires ».

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Des engagements en matière environnementale attendus

« Ce n’est pas en se repliant qu’on va s’en sortir, mais nous ne nous satisferons pas d’une déclaration politique sur des engagements en matière environnementale venant des quatre pays concernés », à savoir l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay, a déclaré le ministre à l’issue d’une réunion du comité de suivi de la politique commerciale, rassemblant élus, fonctionnaires, ONG, syndicats et patrons ou responsables de filières économiques.

« Cela prendra beaucoup de temps », mais « nous ne voulons pas que ces accords », permettant notamment plus d’exportations vers l’Union européenne de viandes et produits agricoles du Mercosur, « entraînent plus de déforestation, au contraire », a-t-il ajouté.

Une position qui inquiète la filière de la viande bovine

Cette déclaration du ministre français inquiète fortement la filière bovine française. « Le gouvernement affiche une opposition “en l’état” à l’accord UE-Mercosur, pose des conditions pour obtenir de nouvelles exigences sur le plan environnemental et sanitaire… mais refuse de rouvrir les négociations de l’accord, pour exiger la prise en compte de ces conditions », regrette ainsi la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué du 5 février 2021.

De son côté, Interbev, l’interprofession de l’élevage et de la viande, qui a participé à la réunion du Comité de suivi de la politique commerciale déplore « une position paradoxale du gouvernement qui déclare rester toujours opposé “en l’état” à la ratification de l’accord UE-Mercosur mais exclut toute réouverture des négociations de ce dernier qui intégreraient les conditions environnementales et sanitaires qu’il exige par ailleurs. »

« Face à ce décalage entre les déclarations politiques et les faits », l’interprofession tient à rappeler que la filière française de la viande bovine « ne se satisfaisait pas de la position exprimée à ce stade par le gouvernement et continuera de dénoncer cet accord entre l’UE et le Mercosur ».

Des éléments tangibles attendus

« Nos exigences sont claires, nous devons travailler sur le fond pour les rendre les plus objectivables possible afin d’avancer sur l’accord », a pourtant expliqué Franck Riester à l’issue de la réunion en regrettant que les derniers engagements pris en décembre par le Brésil en matière de réduction des gaz à effet de serre aient été « encore moins ambitieux que les précédents ».

« Si le Brésil change ses positions lors de la COP 26 (prévue en novembre à Glasgow, NDLR), cela irait dans le bon sens, mais il faudrait en plus des éléments tangibles de vérification », a-t-il ajouté, en citant notamment le besoin d’un « instrument technique et juridique européen permettant de vérifier que chaque importation n’a pas d’impact négatif sur la déforestation ».

Pas d’exportations sans importations

Une initiative législative européenne de ce type, « cela prend des mois ou des années », a-t-il dit. Concernant les éleveurs bovins, farouchement opposés à l’accord, Franck Riester a évoqué la mise en place de « clauses miroirs » permettant de vérifier si les normes sanitaires des viandes importées seraient respectées.

Mais, selon lui, il est « hors de question de n’accepter aucune importation, car pas d’importation signifie pas d’exportation ». « Il faut davantage de moyens de protéger les éleveurs et les consommateurs, je suis convaincu que ce n’est pas en se repliant et en mettant tout le monde dans des bulles qu’on va s’en sortir. En revanche, il faut que les éleveurs soient en situation de concurrence équitable », a-t-il dit.

Les éleveurs bovins français craignent également que la France perde son « droit de véto » lors du vote sur l’accord Mercosur au conseil européen. Ils appellent donc Emanuel Macron à « intervenir très vite, publiquement, à Bruxelles, pour exiger le maintien de la nature “mixte” de l’accord et conserver, ainsi, sa possibilité de s’opposer à l’accord dans le cas où les “conditions” de la France ne seraient pas obtenues ».

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Marie-Astrid Batut, avec l’AFP