La Belgique n’est « pas en état de signer le Ceta », l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, a déclaré Charles Michel, son Premier ministre, ce 24 octobre 2016. Il l’a annoncé en sortant d’une réunion rassemblant toutes les entités fédérées de la Belgique et le gouvernement fédéral. Il bloque ainsi de facto la signature du traité prévue jeudi prochain à Bruxelles.

Ultimatum

Hier, le 23 octobre 2016, l’UE a donné dimanche à la Belgique jusqu’à lundi soir pour dire si oui ou non elle peut signer ce traité. Et une source européenne indiquait à l’AFP que lundi soir « le président du Conseil européen aura une conversation téléphonique avec le Premier ministre canadien pour décider s’ils maintiennent le sommet » pour la signature du traité Ceta le jeudi 27 octobre à Bruxelles.

« Concernant la date de jeudi, si la Belgique n’est pas en position de dire si elle peut garantir qu’elle va signer, il est très clair pour M. Tusk [le président du Conseil] que cela ne fait aucun sens d’avoir un sommet, et il n’y aura pas de sommet et pas de date fixée pour un nouveau sommet, a poursuivi cette source. Cette décision sera prise d’un commun accord entre M. Tusk et M. Trudeau. »

La Wallonie « déçue »

« Ce ne sera pas possible de respecter cet ultimatum », a répondu André Antoine, interviewé par la radio belge RTL ce 24 octobre 2016. Le président du Conseil européen, Donald Tusk a donné dimanche jusqu’à lundi soir à la Belgique bloquée par la résistance wallonne au Ceta pour dire si oui ou non elle était en mesure de signer le Ceta à la cérémonie prévue jeudi à Bruxelles.

La Wallonie, qui rejette ce traité, s’est dite « déçue » par une nouvelle proposition transmise dimanche par la Commission européenne, sur la protection des investissements, qui visait à rassurer la région francophone belge pour permettre la signature de l’accord.

« On nous remet un document décevant et parallèlement on nous donne un ultimatum. C’est très étonnant. Cela nous pousse à nous poser des questions sur le but poursuivi », a indiqué à l’AFP l’entourage de Paul Magnette, le chef du gouvernement wallon.

Négociations en panne

« Ce document nous étonne dans la mesure où il contient largement moins d’avancées que celles atteintes vendredi et samedi », a regretté cette source. Pendant ces deux jours, les Wallons ont négocié avec le Canada et la Commission européenne pour tenter d’aplanir les différends. « Certains éléments convenus samedi ne s’y trouvent pas. On s’interroge sur le but poursuivi », a répété la source.

Après l’échec des négociations entre la Wallonie et le Canada vendredi, Martin Schulz, le président du Parlement européen, a tenté de recoller les morceaux samedi en recevant Chrystia Freeland, la ministre canadienne du Commerce, puis Paul Magnette, en présence du chef de cabinet du président de la Commission européenne.

Manifestation de soutien à Amsterdam

Le 22 octobre, quelque 8 000 manifestants à Amsterdam ont déclaré leur soutien à la Wallonie. Cette manifestation a lieu alors que le Canada a exhorté samedi l’Union européenne « à finir son job » sur le Ceta, au lendemain de l’échec des négociations entre la Région wallonne, hostile à l’accord en l’état, et Ottawa, « très déçu » des atermoiements européens.

« Les Wallons ont mené un bon débat de fond et ont, tout comme nous, décidé que cet accord n’était pas encore assez bon. Nous sommes reconnaissants envers les Wallons. Via leur résistance, nous pouvons continuer à plaider aussi aux Pays-Bas pour un commerce véritablement honnête et durable », a déclaré Jurjen van den Bergh, coordinateur de la coalition TTIPAlarm, cité dans un communiqué.

Rassemblés sur la Museumplein, vaste place d’Amsterdam, « des agriculteurs, entrepreneurs, membres de syndicats, jeunes, consommateurs, scientifiques, juristes et militants pour le climat et les animaux de tout le pays » ont dénoncé le Ceta, le TTIP, traité transatlantique entre les États-Unis et l’UE, et l’accord sur le commerce des services (ACS ou TiSA en anglais), a précisé le communiqué.

AFP