Comment se porte la consommation des produits bio ?

Elle est en croissance avec une demande toujours aussi forte. La Covid a vraiment accentué la demande car les consommateurs ont fait un lien entre l’alimentation et la santé, et surtout entre Covid et protection de la planète. Pour le consommateur, le bio compile tout ça.

L’écart de prix avec les produits dits conventionnels n’est pas un obstacle ?

Dans nos enquêtes, on ne constatait pas forcément une forte hausse de l’attention des consommateurs sur le prix de leur alimentation. Dans les négociations commerciales, certains distributeurs, je parle des gros, pas des magasins spécialisés, ont créé une compétition. La baisse des prix leur permet de gagner des clients. Mais cette guerre des prix n’est pas à la demande des consommateurs.

Comme souvent, la concurrence se met en place sans que le consommateur ait exprimé le besoin de payer moins cher leur alimentation. Il y a bien une partie de la population qui n’arrive plus à se nourrir aujourd’hui : l’aide alimentaire augmente auprès des étudiants, ceux qui ont perdu leur emploi, les précaires, les intérimaires… Ceux-là ont perdu du pouvoir d’achat. Mais la majorité des Français ne sont pas demandeurs de prix plus bas.

Quel est le profil du consommateur de produits bio ?

Il y a les militants de base, qui votent écolo, qui sont prêts à payer plus cher et qui sont les plus diplômés. Ce sont les premiers à avoir consommé du bio dans les magasins spécialisés et qui sont attentifs à l’origine française des produits. Il y a 15 ans, la clientèle du bio était une petite clientèle. Seuls les spécialistes en vendaient.

Puis un jour, la grande distribution s’est mise sur ce créneau et l’a démocratisé. Ça n’attirait pas tant de clients que ça chez eux mais ça a cassé les prix. La consommation s’est étendue à une population plus large avec moins de moyens, moins regardante sur l’origine française du produit et qui en achète aussi moins souvent. En dix ans, le bio est devenu le produit alimentaire idéal pour les consommateurs.

Quelles sont les perspectives du marché ?

Il y a encore de la marge de croissance. Lorsqu’on regarde la dépense par habitant de produits bio, les Français ont dépassé les Allemands en quatre ou cinq ans mais ils dépensent encore deux fois moins que les Suédois.

Le facteur limitant, c’est le prix, même si je pense que le marché va continuer à croître, sauf sur les produits bios industriels et ultratransformés car le consommateur n’y croit pas. L’échec du Babybel bio en est un exemple. La croissance du bio va continuer sur les produits bruts comme les fruits, les légumes, le lait et les œufs, même si une nouvelle offre concurrente est arrivée.

Laquelle ?

Le « zéro pesticide ». C’est une offre qui n’est pas plus chère que le produit standard et qui peut satisfaire les consommateurs arrivés récemment dans le bio et qui sont moins convaincus que le consommateur historique.

Ils voient le bio comme un bienfait pour la santé et pour eux, le zéro pesticide, c’est pareil. Mais la consommation du bio peut un jour retomber si un débat démontre que ce n’est pas le bio qui va résoudre le problème climatique.

Propos recueillis par Alexis Marcotte