« Souvenez-vous de l’époque des grandes inondations dans le centre de l’UE (Union européenne), le fonds européen de solidarité avait été utilisé, a déclaré Xavier Beulin en tant que représentant du syndicat européen Copa-Cogeca. Ce fonds est toujours doté, les États membres en bénéficient assez régulièrement pour tel ou tel aléa. On considère aujourd’hui que vu l’importance des inondations de juin, la France devrait en faire la demande. »

Un ministre français sceptique

« Je leur ai dit qu’on attendait une solidarité : 30 à 40 % de perte de production sur deux tiers de la France, ça mérite une action exceptionnelle. » Interrogé un peu plus tard, Stéphane Le Foll a semblé sceptique quant à la proposition. « Il faudrait d’abord une capacité à trouver un accord. Nous, on travaille sur une solution nationale. »

Le vice-président du Copa-Cogeca est aussi intervenu sur les « défaillances » de la Pac actuelle. Trop compliquée d’abord. « Il faut faire en sorte que l’on imprime un peu plus que par les mots des engagements en matière de simplification. Le verdissement, les contraintes normatives et administratives sont mal vécus par les agriculteurs mais aussi par les administrations. »

Et d’évoquer la complexité des dossiers Pac 2015 pour lesquels plus d’un milliard d’euros ne sont pas encore sur les comptes des agriculteurs. « Les ministres français et allemands sont revenus sur le sujet, a-t-il indiqué. J’espère que cela se concrétisera en 2017. »

Améliorer l’assurance

Une Pac pas assez résiliente ensuite. « Le tout marché ne marche pas. Il faut réintroduire quelques dispositifs de gestion de crise, gestion de marché, crise climatique ou sanitaire, faire du préventif. Aujourd’hui, on n’a aucun dispositif, plus de moyens. On fait du coup par coup, comme sur le lait. C’est plus ou moins négocié. » Xavier Beulin a particulièrement insisté, comme il l’a promis la veille à ses troupes réunies à Lamotte-Beuvron, sur l’assurance climat ou chiffres d’affaires.

« C’est un sujet important pour nous. » Et selon lui, l’Allemagne bouge. Alors qu’elle défendait un budget sanctuarisé pour l’aide de base, elle entendrait aujourd’hui l’utilité des dispositifs de gestion des risques et surtout la nécessité de les financer par un transfert d’argent de l’enveloppe des aides directes. Mais il en faudra plus pour convaincre les 27 (dans l’hypothèse d’une sortie du Royaume-Uni) car le système est compliqué et on le voit cette année en France, peu efficace.

« Dans le Sud-Est, c’était l’année où les agriculteurs pouvaient déclencher l’assurance mais ils n’ont pas pu et préfèrent l’arrêter. » En cause le seuil de déclenchement. « Aujourd’hui, l’UE a décidé de mettre un seuil de 30 % en se référant à un accord OMC (non ratifié) à Hong Kong pour passer les aides en boîte verte (NDLR non concurrentielle). Je demande de faire marche arrière, avec un déclenchement plus incitatif à 15 ou 20 %. Cette année va marquer un tournant », a-t-il insisté.

Trouver de nouveaux fonds

Xavier Beulin n’a pas manqué de rappeler qu’il ne fallait pas remettre en cause les équilibres budgétaires. « Le prétexte du Brexit ne doit pas conduire à une coupe budgétaire (NDLR : le Royaume-Uni contribue au budget global de l’UE à hauteur de 14 milliards d’euros et perçoit en retour 7 milliards d’euros principalement au titre de la Pac et des fonds de cohésion). La France et l’Allemagne ont également plaidé pour le maintien d’un budget conséquent.

Pour l’abonder et faire face aux évolutions de l’agriculture au regard du réchauffement climatique notamment – comment donner des alternatives aux phytos par exemple ? –, le vice-président du Copa-Cogeca a aussi demandé que les agriculteurs puissent avoir accès au plan Juncker, c’est-à-dire à des financements qui soutiennent l’investissement, la modernisation, les nouvelles technologies, les bioproduits… L’agriculture est déjà éligible, « mais il faut en faire une priorité. Il faut disposer d’une pression politique et des bons dispositifs pour pouvoir les réadapter à l’échelle de l’exploitation. »

Arielle Delest