N’en déplaise aux auteurs des lois sur les territoires qui se sont succédé à un rythme effréné et parfois désordonné, les territoires ruraux ne se contentent pas des miettes qui leur sont laissées. Selon les juristes qui analysaient entre autres les lois Notre et Maptam, beaucoup est fait pour corseter l’initiative en dehors de métropoles portées au pinacle.

« Les lois ont favorisé l’intégration qui étouffe la capacité de création des territoires et non l’émulation des territoires qui est souhaitable », soulignait Gérard François Dumont, professeur de droit à La Sorbonne. Mais « le gros n’est pas forcément le beau » si on en croit les témoignages de ces journées.

Une coopérative proche de ses adhérents

Les « fermes de Figeac », par exemple, ont été créées il y a 30 ans pour que les agriculteurs coopérateurs ne dépendent pas d’un siège social situé à plus de deux heures de leur territoire. Aujourd’hui, cette coopérative qui réunit 650 adhérents sur six sites, a élargi son activité. Elle sert aussi les artisans et les commerçants.

Elle est à l’origine de projets d’énergies renouvelables (panneaux photovoltaïques et éoliennes), de magasins de produits locaux qui emploient 10 bouchers… L’économie sociale et solidaire a peu de secrets pour eux. Ils ont fait appel avec succès à l’épargne locale, ont également contribué à monter une crèche. Tout cela a été possible grâce à une coordination entre acteurs privés et publics.

Le numérique indispensable

Selon Laurent Rieutort, géographe, l’État devrait être un facilitateur. Il pointe les domaines où il pourrait encourager tous les projets : « Le numérique, la politique foncière, les services publics, la santé. Et l’organisation du territoire en maintenant la proximité entre les citoyens et ses représentants. » En évitant donc de faire disparaître les communes dans des mégalopoles. Une idée reprise par Gérard François Dumont : « Les lois sont en train de détruire la proximité et donc la solidarité essentielles aux territoires. »

Bernard Farinelli, spécialiste du développement local, se réjouit du retour de l’économie de proximité, mais en pointe les limites. « Si on installe une boulangerie, on peut se demander d’où vient le pain quand la moitié des pâtes sont industrielles, détaille-t-il. Même questionnement pour les épiceries. Les élus locaux peuvent encourager les producteurs à s’organiser et à se regrouper par exemple dans d’anciennes halles. Enfin, l’agriculture doit être diverse pour que certains exploitants puissent pratiquer la vente directe. »

Dans deux livres publiés récemment, « Campagnes, l’alternative » et « La révolution de proximité », Bernard Farinelli a répertorié de multiples exemples de créativité. Il conclut que « les entreprises rurales auraient moins besoin d’aides que des facilités accordées par les élus locaux : accès au foncier, rapidité dans l’octroi des permis… »

La « sève créative » des territoires ruraux

« L’alimentation générale culturelle » créée dans la Nièvre à l’image des camions d’épicerie ambulante par des passionnés révèle cette sève créative vivante qui demeure dans les territoires ruraux. « Des comédiens se déplacent dans les bourgs et proposent des spectacles ou des invités surprise, écrivains ou chercheurs. Cette année, nous avons proposé dans 32 lieux, un spectacle tous les 15 jours. Notre mode d’intégration est doux. Nous avons une trentaine de spectateurs. Ils nous aident, nous parlent. On s’adapte à leur horaire et à leur mobilité. Et on n’a pas besoin de béton et de salle énorme pour nous accueillir », souligne le créateur de l’épicerie et comédien Jean Bojko.

Ces spectacles gratuits sont présentés avec le soutien des communes. Aujourd’hui, Olivier Perriraz a fait essaimer cette initiative dans le Rhône dans 13 communes sous l’appellation « l’épicerie culturelle » inscrite sur son camion Citroën gris, le fameux tub. « Nous appliquons les mêmes règles : c’est gratuit, régulier, les spectateurs ne savent pas ce qu’ils vont voir pour éviter les a priori. » Et Jean Bojko d’ajouter, « on a toujours l’impression que pour progresser il faut aller vers le plus grand. Aller vers le petit demande un effort. Mais cela peut être aussi la solution. »

Marie-Gabrielle Miossec