Avec leurs tracteurs, leurs pick-up… et leurs chiens, des milliers d’agriculteurs ont défilé dans les rues des villes de Nouvelle-Zélande, vendredi 16 juillet 2021, pour protester contre la politique environnementale du gouvernement de Jacinda Ardern, largement reconduit par les élections législatives d’octobre 2020.

Pas de ferme, pas de fourchette

« Pas de ferme, pas de fourchette, pas de futur » (littéralement No farmers, no food, no future) ou encore « Ne mordez pas la main qui vous nourrit » (Don’t bite the hand that feeds you) : les slogans des milliers d’agriculteurs qui protestaient dans une cinquantaine de villes de Nouvelle-Zélande s’adressaient avant tout au grand public. Les agriculteurs sont venus en tracteurs ou en pick-up sur les principales routes du pays, provoquant des embouteillages un peu partout, y compris dans Queen street, qu’on appelle localement les Champs élysées d’Auckland. C’est une des plus grosses manifestations rurales jamais enregistrée dans le pays, comme en témoignent les reportages (en anglais) de la chaîne publique néo-zélandaise 1News ou encore dans ce recensement du principal quotidien du pays, le NZ Herald.

Une taxe sur les pick-up

Les revendications des agriculteurs visaient la politique environnementale du gouvernement, les contrôles aux frontières des saisonniers agricoles, particulièrement stricts pendant la pandémie de Covid-19, et la nouvelle taxe sur les véhicules pick-up. Cette nouvelle taxe doit alimenter un plan d’équipement en infrastructures pour les véhicules électriques. Elle pénalise les gros véhicules diesel, qu’on désigne localement par le mot « ute » et qui sont très utilisés dans les zones rurales. Les agriculteurs ont le sentiment que ce gouvernement ne les aime pas et ils exprimaient ainsi leur ral-le-bol des « coûts injustifiés ».

Un soutien politique

Principal parti d’opposition, le Parti national néozélandais n’a pas manqué d’apporter son soutien enthousiaste à la manifestation. S’appuyant sur une doctrine à la fois libérale et conservatrice, ce parti a été fondé en 1936 à partir d’un précédent parti de défense de la ruralité. Au gouvernement depuis 2008, il a été battu en 2017. Restant toutefois la principale force d’opposition, son score a connu un net retrait (-19 % par rapport au scrutin de 2017) aux élections législatives d’octobre 2020.

La réponse de Jacinda Ardern

Au contraire, la Première ministre travailliste Jacinda Ardern en est sortie nettement renforcée (+13 % des voix), se permettant même de gouverner avec une majorité absolue au Parlement, ce qui n’est pas fréquent dans cette monarchie parlementaire monocamérale. En réponse aux manifestants, Jacinda Ardern a répondu que son gouvernement avait été élu pour apporter des réponses au changement climatique et la gestion de l’eau : « Nous n’avons pas le choix. Nous devons nous assurer que nous relevons les défis du monde si nous voulons que nos exportations continuent d’être valorisées. Nous le ferons aux côtés des agriculteurs. »

Les produits agricoles sont parmi les premières valeurs du commerce extérieur du pays. L’agriculture, la pêche et la forêt pèsent 7 % du PIB néozélandais (environ 83 milliards d’euros au total).

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Éric Young