Les droits de douane américains de 25 % sur 34 milliards d’importations chinoises, qui frapperont 818 produits dont des voitures, des composants d’avions ou des disques durs d’ordinateurs tout en épargnant des biens populaires comme les téléphones portables ou les télévisions, seront effectives ce jeudi 5 juillet 2018 à minuit.

Immédiatement après, des droits de douane chinois sur un montant équivalent d’importations américaines seront appliqués. Ils affecteront des produits agricoles dont le soja, très dépendant du marché chinois, le secteur automobile ou encore des produits de la mer comme les langoustes.

« La Chine ne cédera pas à la menace ni au chantage », a assuré à Pékin le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng.

Œil pour œil

Au total, ce sont 50 milliards de dollars d’importations chinoises annuelles qui seront affectées par les mesures américaines destinées à compenser ce que l’administration Trump considère être le « vol » de propriété intellectuelle et de technologies. Le second lot de 16 milliards d’importations chinoises fait pour l’heure l’objet d’un examen supplémentaire de la part du représentant au Commerce (USTR), Robert Lighthizer.

La Chine, qui a décidé de répliquer à l’identique, prévoit de frapper un total de 50 milliards de dollars d’importations américaines, avec une première liste portant sur 34 milliards de dollars de produits.

Les deux premières puissances économiques du monde ne devraient pas en rester là puisque Donald Trump s’est dit prêt à taxer encore 200 milliards de dollars de biens additionnels « si la Chine augmente à nouveau ses droits de douane » en réaction. Ces mesures porteraient alors à 450 milliards la valeur des produits chinois taxés, soit la grande majorité des importations venues du géant asiatique.

Mise en garde

Les experts mettent en garde depuis des mois contre les dommages potentiels d’une telle confrontation commerciale, non seulement sur l’économie américaine mais aussi sur l’économie mondiale. Dans une analyse publiée le 2 juillet et intitulée « La mauvaise approche », la Chambre de commerce américaine a ainsi estimé à « environ 75 milliards de dollars » le montant des exportations américaines touchées jusqu’à maintenant par les mesures de rétorsion des partenaires commerciaux des États-Unis. Dans un tweet, la chambre résume sa position : « Les droits de douane ne sont pas la bonne approche pour résoudre les déséquilibres commerciaux. »

Six États (Alabama, Michigan, Pennsylvanie, Caroline du Sud, Texas et Wisconsin) seraient particulièrement affectés par cette guerre commerciale. Et tous s’étaient prononcés en faveur de Donald Trump lors de la dernière élection présidentielle en 2016. « L’administration menace de saper les progrès économiques qu’elle a mis tant d’énergie à atteindre », a déploré Tom Donohue, président des entreprises.

Les agriculteurs avaient déjà fait part de leur mécontentement. Les producteurs américains de soja, en première ligne des rétorsions chinoises, renchérissent cette fois en annonçant des actions à venir. Ils se rendront la semaine prochaine à Washington pour demander aux parlementaires de limiter les effets négatifs des droits de douane chinois sur leurs ventes. « Nous voulons plus de commerce, pas moins », déclarent-ils dans un tweet

De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a une nouvelle fois exprimé des inquiétudes mardi sur la politique américaine « qui pourrait avoir des effets néfastes au-delà de l’économie de la première puissance mondiale, en provoquant des mesures de représailles et en sapant un système commercial multilatéral basé sur des règles d’ouverture et d’équité ».

Face aux sceptiquex, le président twitte sa détermination

Les mises en garde laissent de marbre le président américain qui a une nouvelle fois balayé les arguments mardi dans un tweet. « L’économie se porte probablement bien mieux que par le passé, avant que nous réglions le problème des accords commerciaux inéquitables passés avec chaque pays. Une majorité de pays est d’accord sur le fait que ceux-ci doivent changer mais personne ne l’a jamais demandé. »

La veille, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, avait, lui, affirmé que les prévisions de ralentissement à venir de la croissance économique américaine étaient « prématurées et probablement inexactes ».

I. Logvenoff avec l’AFP