À crise exceptionnelle, réponses exceptionnelles ! C’est en tout cas la demande que formulaient les eurodéputés ce mercredi 15 avril 2020 pour soutenir les agriculteurs face à la crise du coronavirus à moyen et long terme. Le commissaire européen à l’Agriculture a tenu à rappeler le travail déjà mené pour faire face à la crise : pour assurer la continuité du transport, les dispositions pour que la main-d’œuvre saisonnière puisse franchir les frontières et l’augmentation des avances de paiements des aides Pac (jusqu’à 75 % pour les aides du premier pilier et 85 % pour les aides du deuxième pilier) à la mi-octobre.

Un budget serré ?

« Les possibilités budgétaires sont limitées, l’enveloppe est déjà fort consommée, a expliqué le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. Nous n’avons pas de fonds supplémentaires pour intervenir sur les marchés. » Le commissaire propose d’utiliser les 6 milliards d’euros du second pilier, non affectés par certains États membres pour financer les secteurs touchés par la crise.

Nous n’avons pas de fonds supplémentaires pour intervenir sur les marchés.Janusz Wojciechowski, le commissaire à l’Agriculture auditionné par les eurodéputés le 15 avril 2020.

Cette proposition est loin de faire l’unanimité et jugée très insuffisante. Herbert Dorfmann (PPE) explique : « Il est trop facile de dire que l’on ne va pas élargir les budgets et que ceux qui n’ont pas respecté leurs engagements [du second pilier] aient du budget. » Pour Martin Häusling (The Greens) « le,s fonds du second pilier manqueront dans d’autres domaines ».

Certains eurodéputés ont demandé l’activation des fonds réservés aux situations de crise et qui s’élèveraient à un demi-milliard d’euros. Une proposition à laquelle le commissaire se dit « ouvert » à la condition que tous les États membres y soient favorables, rappelant que ceux-ci peuvent également soutenir leurs producteurs via des aides publiques.

Mettre en place des outils

Les secteurs du lait, de la viande, des fruits et légumes ou encore de l’horticulture continuent à souffrir face à la crise du Covid-19. Janusz Wojciechowski s’est d’ailleurs exprimé sur le secteur du lait, « la Commission va intervenir sur le marché pour financer le stockage », a-t-il précisé.

Une proposition molle face à la demande des eurodéputés qui attendent un déclenchement rapide des mesures pour diminuer la production, réorienter, voire stocker. L’eurodéputé Jérémy Decerle (Renew), ancien président de JA, a précisé qu’il adresserait un courrier à Ursula Von Der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour pousser en ce sens.

La veille, le 14 avril, le ministère de l’Agriculture avait réitéré sa demande auprès du commissaire européen pour mettre en place les mécanismes suivants : stockage privé pour les produits laitiers, viandes ovine, caprine et de veau ; activation des mesures de marché pour les fruits et légumes ; soutien aux filières horticoles et viticoles.

Repenser le modèle agricole

« Il y a des enseignements à tirer de cette crise, a expliqué Janusz Wojciechowski. Pour plus de résilience, plus de marchés locaux et moins dépendre des transports par exemple. » Alors que certains eurodéputés lui ont demandé un report du pacte vert, celui-ci persiste en déclarant que ce projet reste « une priorité de la Commission ».

« L’agriculture a besoin de plus d’aides, c’est une leçon à tirer, a-t-il martelé. Nous devons faire avec le budget que nous avons et défendre l’an prochain un budget qui défende les agriculteurs. »

A. Gambarini