À la veille de la présentation, par la Commission européenne, de deux stratégies majeures de son pacte vert, la stratégie pour la biodiversité et celle intitulée « De la ferme à la table », l’eurodéputée Anne Sander (PPE) émettait quelques doutes. « Quand je vois le vice-président Timmermans présenter son pacte vert sans tenir compte de ce qui s’est passé [avec la crise du Covid-19], je doute de la prise de conscience du rôle qui a été joué par les agriculteurs pendant la crise, et du besoin de moyens supplémentaires pour les accompagner », a-t-elle confié lors d’une visioconférence organisée par l’Afja (Association française des journalistes agricoles) ce 19 mai 2020.

Un manque de moyens

L’une des craintes concerne donc les contraintes qui pourraient, à terme, peser sur les agriculteurs après l’adoption de ces stratégies. Mais les éventuels objectifs contraignants (baisse d’utilisation de produits phyto, augmentation de la part de surfaces consacrée à des éléments non productifs…) ne sont pas encore connus.

L’autre préoccupation concerne le manque de moyens pour accompagner le secteur agricole qui, lui, est déjà criant. La crise du coronavirus a encore mis le doigt dessus. « Le paquet de mesures adopté par la Commission ne va pas assez loin, insiste l’eurodéputée. Des secteurs sont oubliés : il n’y a rien sur la volaille, rien sur le veau, et on a un très gros problème sur le vin car il n’y a pas assez de budget. La Commission renvoie aux programmes d’intervention nationaux, qui sont déjà bien entamés. »

Distorsions entre États membres

D’ailleurs, outre la question du budget, Anne Sander déplore un problème d’articulation entre l’échelon national et l’échelon européen. « La Commission européenne renvoie très souvent au niveau national, ce qui crée des distorsions de concurrence », souligne-t-elle. Faute de pouvoir dégager de nouveaux financements dès cette année, elle plaide pour un grand plan de soutien à l’agriculture en 2021. Un plan qui « devra tenir compte des difficultés actuelles, mais aussi celles à venir à plus long terme, car certains secteurs ne se relèveront pas rapidement ».

Réformer la réserve de crise

Autre problème, qui se pose à chaque crise agricole : l’inadéquation des outils disponibles. En particulier la réserve de crise, que nul ne veut toucher car cela signifierait une baisse des aides directes pour tous les agriculteurs. Avec le PPE, Anne Sander plaide pour une réforme complète.

« Il faut qu’il y ait en début de programmation 400 millions d’euros d’argent frais dans cette réserve, qui ne soient pas prélevés sur les aides aux agriculteurs, et que cette réserve soit reconduite et abondé ensuite au fil des ans », explique-t-elle. C’est cette position que le Parlement défend pour le règlement de transition de la Pac. Celui-ci, qui entre en vigueur au début de 2021, va être prochainement débattu en trilogue avec le Conseil et la Commission. Si le Conseil se laisse séduire par cette proposition, il restera encore à trouver les 400 millions…

B. Lafeuille