La question sera tranchée le 23 octobre 2018, lors de son prochain conseil d’administration : Vivea est-il en mesure de maintenir la prise en charge de la formation à la pré-installation dite d’« émergence des projets » ? L’organisme est en effet victime de son succès, et alors que la demande qui va grandissante pour ce type de prestation – le financement spécifique est passé de 6 à 11 millions d’euros en trois ans –, il s’interroge.

« Un désengagement inadmissible »

Pour la Confédération paysanne, ça ne fait pourtant pas un pli. Dans un communiqué daté du 5 octobre 2018, le syndicat fustige l’éventualité d’une suppression du dispositif et lance une pétition en faveur de son maintien. Selon lui, ce type de formation est indispensable « car il permet un accompagnement très en amont dans la démarche d’installation, de tester et de vérifier son adéquation au métier ».

Le syndicat n’estime par ailleurs pas recevables les raisons avancées pas Vivea pour sa suppression. L’organisme s’appuierait sur le fait que « les bénéficiaires de ces formations ne cotisent pas encore au fonds de formation et que ces actions seraient en amont du champ d’action de Vivea ». « Ce désengagement est inadmissible », ajoute la Confédération paysanne.

D’autres prises en charges à envisager

Jeunes Agriculteurs qui promeut la formation sans restriction pour tous les nouveaux installés, se montre néanmoins plus mesuré : s’il défend le maintien des formations à la pré-installation, le syndicat souligne aussi que d’autres types de prise en charges existent. « Le système doit dans tous les cas rester simple et souple pour que tous ceux qui veulent venir en agriculture puissent le faire », précise Aurélien Clavel, vice-président de JA.

Les salariés en phase de reconversion peuvent en effet s’appuyer notamment sur le compte personnel de formation, et les personnes à la recherche d’un emploi sont en mesure de prétendre à une prise en charge de Pôle Emploi, rappelle de son côté Vivea. L’organisme insiste par ailleurs sur sa volonté de continuer à financer les formations dédiées à l’installation. Seules celles en amont pourraient donc être supprimées.

Moins de contributeurs, plus de stages

L’équation n’est pas simple : le nombre de contributeurs à l’organisme de formation a baissé d’environ 10 % en quatre ans, tandis que le nombre de stages a augmenté de 15 % sur la même période. La somme destinée à les financer a dans le même temps crû de 13,08 millions d’euros, de 2013 à 2017.

À la fin de 2017, l’organisme annonçait déjà de premières restrictions avec la mise en place d’un plafond annuel de prise en charge par personne : en 2016, 3 % des bénéficiaires de formation avaient bénéficié d’une prise en charge supérieure à 2 000 euros, avec pour certains d’entre eux une prise en charge de plus de 10 000 euros par an. Dans les autres secteurs, des organismes financeurs de formation pour petites entreprises, comme FAF et OPCA, avaient depuis des années tranché pour des plafonds de 750 à 1 800 euros par personne et par an.

Vivea doit ajuster certaines règles pour ne pas atteindre ses limites. Mauvais timing ? La bonne nouvelle étant en effet qu’ils soient nombreux à vouloir aujourd’hui découvrir le métier.

Rosanne Aries