À Beaucé, aux portes de Fougères, l’ancien maire a signé un permis de construire pour une zone commerciale de produits alimentaires, une boulangerie et une enseigne Grand Frais, sur 5 ha. Ce projet vient s’ajouter à celui du contournement nord de Fougères sur le même secteur dont l’emprise serait susceptible de consommer 48 ha de terres agricoles sans compter les surfaces enclavées entre la rocade et la ville. Le territoire de Fougères est connu pour ses terres profondes bien arrosées.

On continue à faire du mètre carré

« C’est la goutte qui fait déborder le vase ! » s’exclame Florian Salmon, agriculteur à Luitré, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par la chambre d’agriculture le 19 juin 2020 à Lécousse. « Une nouvelle zone alors qu’il en existe une à moins de 500 m et de nombreuses autour de la ville dont certaines sont fragilisées, voire désaffectées. C’est un véritable non-sens », dénonce le jeune élu à la chambre. Pourquoi bétonner toujours plus ?

Ce projet suscite de nombreuses interrogations. Le permis de construire a été pris sur la base d’un PLU (plan local d’urbanisme) qui date de 2007 alors que le Scot du pays de Fougères qui réfléchit à l’aménagement du territoire est en cours de réécriture. « Il va à l’encontre de tous les textes récents (loi Grenelle, loi Alur) qui prônent une moindre consommation d’espaces agricoles », explique Annelyse Ferré, chargée de mission à l’urbanisme à la chambre d’agriculture. La surface de vente inférieure à 1 000 m² ne nécessite pas l’obtention d’une autorisation par la commission d’aménagement commerciale.

Au nom de l’emploi, tout est possible

« Qu’en est-il de la politique de redynamisation des centres bourgs ? » interroge Loïc Guines, le président de la chambre d’agriculture, alors que la zone projette l’installation d’une boulangerie non loin de celle qui vient de rouvrir dans le bourg de Beaucé il y a un an en bénéficiant de fonds publics. Il y a assez d’espaces et de bâtiments pour ne pas créer de surfaces supplémentaires. »

« Au nom de la création de l’emploi, on continue à mettre des bâtiments, des parkings, on ne mutualise rien, confirme Annelyse Ferré. Il n’a pas de réflexion pour regarder ce qui existe déjà dans les zones existantes. Et pourtant, dans le commerce, on ne fait que déplacer des zones de consommation. À l’échelle du département de l’Ille-et-Vilaine, ce sont des centaines d’hectares qui sont à l’étude. »

Retrouver du bon sens

La chambre d’agriculture a décidé d’interpeller les élus sur cette problématique. « On demande à l’agriculture de désintensifier, de produire autrement, voire de passer au bio. Mais pour cela il faut des surfaces, pour pouvoir faire des stocks pour parer aux aléas climatiques », illustre Loïc Guines, lui-même agriculteur bio. « Biodiversité, stockage du carbone… On y arrivera que si on arrête de consommer du foncier, assure-t-il. Il faut juste un peu de bon sens et trouver un juste équilibre. »

Isabelle Lejas