« On a appris l’existence d’une convention passée dans la plus grande opacité entre EDF et la FNSafer pour acquérir des terres autour des centrales, explique Cécile Muret. Cela représenterait 3 000 ha en France, et on ne sait pas ce qu’ils veulent en faire. »

La Confédération paysanne passe à l’action

Stockage de déchets nucléaires ? Agrandissement des centrales existantes, à rebours de l’esprit de la transition énergétique ? Agrandissement des périmètres de sécurité lié à un risque pour la santé publique ? Centrales photovoltaïques au sol ? En l’absence de réponses officielles, le syndicat, qui a adressé une demande à la CADA (1) pour que soit rendue publique la convention, n’exclut aucune possibilité. Et rappelle son attachement à la terre, qui doit « être partagée » et « servir l’intérêt collectif plutôt que les intérêts particuliers ».

La FNSafer, dont le stand a subi le même sort qu’Enedis, assume l’« opacité » de la convention : « Une convention entre un acteur privé et la Safer n’a pas à être rendue publique », a justifié sa directrice Muriel Gozal. Qui précise qu’« il n’y a à ce jour aucun hectare rétrocédé à EDF par les Safer, mais seulement des études de mobilité sur le foncier. » Pour en faire quoi ?

Des hectares pour démanteler les centrales ?

« L’État a demandé à EDF de diviser par deux le parc nucléaire, mais sans fermer de site, nous explique-t-on. EDF a donc besoin de surface pour le démantèlement des réacteurs, pour du stockage temporaire de déchets radioactifs, mais aussi pour la rénovation de réacteurs existants. »

Sans démentir le chiffre de 3 000 ha, reconnaissant même qu’EDF se montre un peu « gourmand », la FNSafer nous indique que les besoins exprimés par EDF visent du moyen long terme, mais que la Safer va travailler à réduire le plus possible l’impact du projet, notamment en se concentrant sur les besoins immédiats. « La surface prospectée est toujours plus importante que la surface retenue à la fin », veut-on rassurer.

Aucun hectare mis en réserve pour l’instant

Pour l’heure, « aucun hectare n’a encore été mis en réserve, et aucun hectare ne sera rétrocédé à EDF, ou à des agriculteurs ayant contractualisé avec EDF, avant que les projets ne se concrétisent », insiste Muriel Gozal. Même si certains prospecteurs fonciers se montrent très pressants, nous assure un militant de Sortir du nucléaire – Bugey.

« Autour de la centrale du Bugey, plusieurs agriculteurs nous ont fait remonter des propositions d’achat de foncier à 2 € le m², témoigne Joël Guerry. J’ai posé la question à un propriétaire rencontré par hasard : il a confirmé ce prix et m’a dit qu’il attendait que cela monte pour vendre son terrain… »

Un impact sur le prix des terres

Lorsqu’on accuse la Safer de participer à l’accaparement des terres, Muriel Gozal rappelle le rôle de son organisation : « La Safer accompagne les politiques publiques, sans avoir à se prononcer sur leur bien-fondé. On essaie simplement d’en limiter l’impact. » Quant aux envolées des prix du foncier, qu’induisent ces projets, elles sont réelles « mais les effets seraient encore pires s’ils n’étaient pas accompagnés par la Safer ».

Et que deviendront les hectares cédés à EDF ? « Certains pourront peut-être retourner à l’agriculture une fois les démantèlements achevés », suppose la FNSafer. Laissant comprendre que beaucoup risquent d’être artificialisés pour de bon…

EDF a aussi un projet d’acquisition foncière à très large échelle pour développer des centrales photovoltaïques. On parle de 30 000 ha, dont une partie, mais pas tout, sur toitures… Mais chut ! Sur ce sujet aussi, la communication de l’énergéticien est tout sauf transparente. Et la FNSafer ne nous en parlera pas, sauf pour assurer qu’elle n’est aucunement impliquée dans ce projet-là.

Dans les allées d’un pavillon 4 ordinairement calme, le cortège de drapeaux agités par la Confédération paysanne a suscité de la curiosité. Le public est taquin. Sur le stand d’Enedis, on a entendu un paysan se faire interpeller : « C’est grâce à eux que vous produisez ! » Et le paysan : « C’est grâce à nous que vous mangez ! »

Bérengère Lafeuille

(1) Commission d’accès aux documents administratifs.