Avec les moutons, « je suis dans mon élément. Je rêverais de reprendre l’exploitation familiale mais je n’aurai jamais les moyens de racheter leur part d’héritage à mes sœurs qui n’ont aucune envie de travailler à la ferme ». La mine triste mais l’esprit lucide, Madelein van Twisk (29 ans) témoigne de la grande difficulté à s’installer aux Pays-Bas : la terre est trop chère pour attirer des candidats.

Flambée des prix

« Une reprise de 50 hectares de terrains coûte entre 4 et 5 millions euros selon les régions. Un tel financement auprès de banques s’avère très compliqué », confirme Jakob Bartelds, président de la fédération agricole LTO Noord.

Partant de là, « on ne compte pas plus de deux cents installations par an, dont 98 % de reprises d’activités par les enfants d’exploitants. Et la tendance à la baisse persiste depuis plusieurs années », détaille-t-il, précisant que 2 % à 3 % des entreprises agricoles disparaissent chaque année.

L’élevage ovin est le plus touché. À l’inverse, le secteur de l’élevage laitier connaît le plus d’installations. À signaler aussi le pouvoir d’attraction limité du secteur bio qui ne représente que 2,3 % des exploitations néerlandaises (2,7 % des terres).

Issus du milieu agricole, les nouveaux entrants ont pour la plupart suivis des études supérieures d’agronomie. Ils sont âgés de 20 à 30 ans.

« J’ai été comptable pendant six ans avant de m’apercevoir que je me sentais mieux dans la ferme de mes parents », raconte Jeroen Trip (27 ans), prêt à sauter le pas pour exploiter les 180 hectares de cultures et l’élevage de 20 000 poulets de l’entreprise familiale située à Nieuw Buinen, dans la province de Groningue.

Malgré tout, la relève est loin d’être assurée. « Seuls 3,6 % des agriculteurs néerlandais ont moins de 35 ans, contre 7 % en moyenne dans les autres pays européens », constate Sander Thus, de l’association de jeunes agriculteurs NAJK. Encore plus alarmant, 60 % des chefs d’entreprise agricole âgés de 55 ans ou plus, n’ont pas de successeur en prévision de leur départ en retraite, selon le bureau des statistiques CBS.

Hors cadre, hors jeu

Une situation qui s’avère propice aux dérives lors de reprises d’exploitations hors cadres familiaux. « Les grandes entreprises agricoles aux gros moyens financiers qui rachètent des terres n’hésitent pas à pratiquer une agriculture intensive en épandant lisier et pesticide sur les sols, ou en important du soja pour leur bétail », s’inquiète Henk Eshuis de l’association « Fermiers du futur » (Toekomstboeren) prônant une agriculture plus durable.

Du côté des aides, mis à part les fonds européens, La Haye vient juste de débloquer 75 millions d’euros pour encourager l’installation de jeunes agriculteurs. Suffisant pour dynamiser un monde paysan qui se meurt dans les campagnes néerlandaises ? La question se pose.

Didier Burg, à Amsterdam