Comment la FNSafer qui présentait son observatoire annuel des marchés fonciers ruraux ce jeudi 31 mai 2018, explique-t-elle cette baisse ? Par l’abondance de l’offre. Le nombre de transactions progresse en effet de 7,6 %, et les surfaces échangées ont atteint leur niveau le plus haut depuis 2001, avec 381 000 ha qui ont changé de mains (+5,9 %).

« Des difficultés à vendre les exploitations »

Mais la baisse du prix des terres est aussi une conséquence de la faiblesse des revenus agricoles. « On commence également à observer des difficultés à vendre les exploitations agricoles, en particulier dans les régions d’élevage », a ajouté le président de la fédération des Safer Emmanuel Hyest, qui s’inquiète pour la pérennité de certaines filières, le lait, notamment.

Le prix des terres et prés loués, lui continue sa progression, s’établissant en 2017 à 4 690 €/ha (+3 %), soutenu par les acquisitions d’investisseurs non agricoles. Et même si le rendement locatif brut perd 0,15 point pour s’établir à 2,85 %, il reste plus intéressant que la plupart des placements financiers courants (livret A, PEL…) pour les particuliers.

Le marché de l’urbanisation, enfin, repart à la hausse. « Avec 55 000 ha artificialisés, soit un département tous les cinq ans, il y a urgence ! », alerte la FNSafer.

De plus en plus de personnes morales

Qu’il s’agisse de terres libres ou louées, les acquéreurs sont de plus en plus souvent des personnes morales, agricoles ou non. Pour la seconde année consécutive, la FNSafer a analysé le marché des parts de société. Avec 1,3 milliard d’euros, il pèse au moins 20 % de la valeur du marché foncier agricole… Dans ces sociétés interviennent des agriculteurs (majoritaires dans les sociétés d’exploitation agricoles) et des non-agriculteurs (majoritaires dans les sociétés de portage foncier).

Dans les deux cas, la FNSafer se heurte à une certaine opacité, due à la complexité des montages. Son pouvoir de régulation, lui, est presque nul. « Les Safer ne peuvent intervenir que dans les cessions totales de parts sociales, qui ne représentent que 4 à 7 % des cessions de parts, explique la FNSafer. Or plusieurs cessions partielles successives peuvent donner accès au contrôle d’une société en contournant le contrôle des Safer… »

Alors que l’acquisition et la location de terres ne sont plus les seuls modes d’accès au foncier, mais que l’achat de parts sociales et le travail à façon se développent à vive allure, la FNSafer souhaite que « des modes de régulation subtils et efficaces » soient trouvés pour agir sur ces quatre modes. Elle compte sur la grande loi foncière à venir pour garantir que la terre reste exploitée par des agriculteurs, tout en continuant à « dérouler le tapis rouge aux investisseurs non agricoles qui mettent leur terre à bail », précise Emmanuel Hyest, qui « ne veut pas non plus jeter l’ostracisme sur les sociétés en général ». Et de préciser que le contrôle ne doit être qu’un outil parmi d’autres, aux côtés d’incitations fiscales et de la définition d’un statut pour l’agriculteur.

B. Lafeuille