Les saisonniers agricoles extra-européens pourront-ils entrer en France malgré la fermeture des frontières ? À l’issue du conseil de défense sanitaire du 29 janvier 2021, le Premier ministre Jean Castex a annoncé l’interdiction d’entrée sur le territoire des ressortissants hors de l’Union européenne à partir du 31 janvier pour lutter contre le Covid-19. Quelques motifs impérieux permettent de déroger à cette règle. Le ministère de l’Intérieur en a publié la liste le même jour mais le travail agricole n’y figure pas.

Un besoin de main-d’œuvre

Pourtant, les travaux commencent dans les serres, les pépinières et chez les maraîchers. La récolte des fraises de Carpentras, qui lance traditionnellement la saison, est attendue pour la deuxième quinzaine de février. La mise en place des champs d’asperges ou des cultures sous serre commence. Les travaux dans les pépinières viticoles sont déjà lancés depuis plusieurs semaines.

Un département comme les Bouches-du-Rhône emploie chaque année 2 700 contrats de saisonniers extra-européens autorisés par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). S’y ajoutent les trois mille travailleurs détachés et les saisonniers intra-européens. La main-d’œuvre locale n’arrive pas à remplacer au pied levé ces saisonniers expérimentés.

L’année dernière, la fermeture des frontières était intervenue plus tard dans la saison (le 17 mars). Elle avait déjà bien perturbé l’organisation des agriculteurs. Mais ces derniers avaient pu compter sur les saisonniers déjà présents en Europe avant le confinement. Cette année, la fermeture des frontières arrive juste au début de la saison de l’emploi.

Un groupe de travail au gouvernement

Le vice-président de la FNSEA chargé des questions sociales, Jérôme Volle, a rencontré le Premier ministre le vendredi 29 janvier 2021 à Paris. Il a exposé l’ampleur des besoins auxquels les agriculteurs employeurs vont faire face dans les semaines qui viennent. En réponse, un groupe de travail a été mis en place entre les ministères de la Santé, du Travail, de l’Agriculture et des Affaires étrangères.

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Contacté ce lundi 1er février 2021 au matin par La France Agricole, Jérôme Volle a bon espoir que les revendications des agriculteurs soient entendues dès cette semaine. Son argument est de présenter le protocole sanitaire strict que les agriculteurs mettent en place.

Des vols depuis le Maroc

À titre dérogatoire, ce protocole a déjà permis de faire entrer des saisonniers marocains dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et en Corse. Établi dès octobre au plus près du terrain avec les agriculteurs et les services de santé (ARS) et du travail, il a permis de faire atterrir à Marseille, 155 Marocains en décembre et janvier. Il a reçu l’appui de l’administration préfectorale qui a facilité l’établissement des visas de travail avec le consulat de Casablanca. Des vols spécifiques avaient aussi été affrétés auparavant pour la récolte des clémentines en Corse.

Un protocole sanitaire de terrain

Le protocole prévoit des tests PCR pour le Covid-19 avant le décollage, des tests rapides à l’atterrissage et encore un test PCR sept jours plus tard. Les règles de distanciation sociale sont strictement édictées pour l’hébergement, le transport et le déroulement de la journée de travail.

Ce travail-là avait permis d’espérer voir ce régime dérogatoire entrer dans une forme de routine. C’est donc cette semaine que les agriculteurs sauront si les restrictions sanitaires vont lui mettre un coup d’arrêt ou si, au contraire, elles vont l’ériger en solution nationale pour l’emploi agricole.

Éric Young