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La flambée des charges inquiète aussi les farmers américains

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Inflation - La flambée des charges inquiète aussi les farmers américains
Journée d’ensilage à la ferme laitière Winsor Acres, à Harpursville dans l’État de New York, pour Josh Spicer, futur associé gérant (à gauche), et Eric Winsor, un des associés. © B. Devault

Agriculteurs et éleveurs américains voient leurs marges grignotées par la hausse du prix des intrants.

Les cours des matières premières devraient donner le sourire aux producteurs américains, mais à l’instar de leurs homologues européens, le niveau des charges s’est beaucoup alourdi, ces derniers mois, sur fond de reprise économique et d’invasion russe en Ukraine.

> À lire aussi : Coûts de production Le prix des intrants atteint un nouveau record (23/05/2022)

Selon le baromètre économique mensuel de l’université de Purdue et du CME Group, dans le dernier rapport de mai 2022, 42 % des agriculteurs interrogés ont placé la hausse des intrants comme une préoccupation majeure, alors que les prix agricoles permettaient un léger rebond de l’indice de confiance des farmers.

Pour comprendre l’importance du phénomène, la ferme laitière Winsor Acres, à Harpursville dans l’État de New York, fait figure d’exemple. Josh Spicer, futur associé gérant de l’exploitation, ne peut que constater à quel point les factures ont grimpé ces derniers mois. « On parle beaucoup de l’inflation de 8 % de l’économie le mois dernier, mais ce que nous subissons est bien différent. Les augmentations de nos coûts sont bien au-dessus. »

Nos marges se tassentJosh Spicer, de la ferme laitière Winsor acres, NY

Avec toutes les cultures en autoconsommation et la seule production laitière comme ressource, les choses sont plus difficiles. « Le problème, c’est que nous sommes pris en étau. Le prix du lait a augmenté, toutefois pas autant que nos dépenses. Beaucoup d’entreprises classiques ont pu reporter les coûts sur leurs prix de vente, mais pas nous. Nos marges se tassent. »

Semis coûteux

Alors que la ferme termine de semer ses quelque 1 500 ha de maïs, les hausses de charges se font d’autant plus prégnantes. Le prix du carburant a presque doublé sur deux mois et certains engrais ont parfois triplé en prix rendu, quand ils sont disponibles. La ferme Winsor Acres a d’ailleurs dû faire des arbitrages en considérant la distance à parcourir par les fournisseurs pour livrer, tant le coût de transport des intrants est devenu critique.

Dans ce contexte, Joe Biden s’est rendu sur une exploitation de l’Iowa, au cœur de la « Corn Belt » afin de rassurer la profession avec des mesures pour stimuler la production agricole. Le président n’a cependant pas négligé l’inquiétude ambiante autour des charges. Une enveloppe de 250 millions de dollars supplémentaires va ainsi être consacrée à la production locale d’engrais « indépendants, innovants et durables ».

Joe Biden souhaite aussi faciliter le développement des projets d’agriculture de précision dans les exploitations qui en feront la demande, pour aider à diminuer leur consommation d’intrants. Reste que ces solutions visent plutôt le long terme et ne régleront pas les problèmes actuels.

L’économiste en chef du Farm Bureau, Roger Cryan, estime d’ailleurs, dans un rapport publié sur le site du syndicat, que les racines du problème ne sont pas bien identifiées. « C’est la quantité d’argent disponible qui est la cause de cette inflation et ça ne va pas disparaître de sitôt. On a beaucoup dit que la chaîne d’approvisionnement en est à l’origine, car l’offre peine à suivre la demande. C’est en partie à cause de la chaîne d’approvisionnement, mais c’est surtout trop d’argent injecté dans l’économie [par la banque centrale] », estime-t-il.

Hausses de prix et retards

Des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement existent pourtant bel et bien et viennent polluer le quotidien des farmers, comme la famille Winsor. Les délais pour obtenir les pièces détachées pour le matériel en sont l’exemple. « Nous avons des machines et des tracteurs à l’arrêt depuis des semaines faute de pièces », se lamente Josh Spicer. Et pour les nouveaux investissements, la conjoncture n’est pas favorable non plus. « Nous avons monté une stabulation l’année dernière et nous en avons une autre en construction en ce moment. Elles sont presque identiques, néanmoins la deuxième va nous coûter beaucoup plus cher à cause du prix des matériaux. Sans parler des retards ».

L’inflation généralisée a tout de même permis une petite victoire pour les agriculteurs américains, en particulier les céréaliers du Midwest. L’Agence nationale de protection de l’environnement vient d’autoriser la commercialisation de l’E15, essence contenant 15 % d’éthanol de maïs, sur les mois d’été.

> À lire aussi : Pouvoir d’achat Joe Biden parie sur l’éthanol pour réduire le prix du carburant

(15/04/2022)

Ce mélange est d’ordinaire interdit les mois les plus chauds en raison des risques de pollution atmosphérique. Toutefois, la hausse du pétrole et le lobby appuyé de la filière des biocarburants ont fini par faire pencher la balance. Les élections de mi-mandat approchant, l’administration de Biden ne pouvait de toute façon pas se permettre de laisser les prix à la pompe continuer de grimper sans agir. La filière a apprécié la décision, mais pas sûr que le parti démocrate récupère beaucoup de voix chez les farmers encore cette année.

Benoît Devault (correspondant aux États-Unis)

Le marché de l’emploi agricole sous pression

Depuis la pandémie de Covid-19, l’économie américaine souffre d’un manque de bras. L’agriculture n’y échappe pas, mais l’érosion du nombre de salariés s’est amorcée bien avant. Le désintérêt pour la profession ou des salaires peu attractifs (avec une hausse de seulement 2,3 % en moyenne sur les douze derniers mois) amplifient le problème.

Mais, surtout, des lois trop restrictives à l’immigration sont évoquées, alors qu’on estime que 75 % des salariés agricoles sont d’origine étrangère. En outre, la fermeture des frontières pendant la pandémie n’a toujours pas été compensée depuis.

Le dispositif de visa H2A, qui permet des embauches d’étrangers pour des périodes allant jusqu’à dix mois, est très sollicité (+ 20 % en cinq ans). Mais il s’adapte mal aux exploitations qui ont du travail sur toute l’année, comme les élevages. Avec une situation de plus en plus tendue, le président du principal syndicat agricole Farm Bureau, Zippy Duvall, a lancé un appel aux candidats et surtout aux autorités pour inverser la tendance. « Nous devons nous concentrer sur la résolution de la crise de la main-d’œuvre agricole une fois pour toutes. Nous avons désespérément besoin que nos dirigeants élus viennent à la table, laissent la politique à la porte, et trouvent une solution. »

© B. Devault
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Cet article est paru dans La France Agricole

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