L’optimisme de rigueur depuis le début des États-généraux de l’alimentation en a pris un coup ce jeudi 21 décembre 2017. Invité à la journée de clôture, à Bercy, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a brillé par son absence. Il devait faire un discours sur le deuxième chantier de ces États-généraux, qui portaient notamment sur la transition agricole. Son regard sur les plans de filières commandés par le gouvernement était particulièrement attendu. L’heure venue, pas de ministre, mais des journalistes désappointés, et des organisateurs dépités.

« Dommage… »

« Tel que je le connais, il a dû se lever du mauvais pied ce matin. Il s’est passé quelque chose avec le ministère de l’Agriculture et il doit faire sa mauvaise tête », confie un proche du gouvernement. « C’est dommage, rétorque un autre. L’agenda ministériel ne peut pas tout expliquer, pas pour un événement tel que celui-là. Il y a forcément matière à interprétation ».

Selon François Veillerette, le porte-parole de Générations futures, « un rapport sur un état des lieux de l’utilisation des pesticides en France, commandé par le Premier ministre, devait être rendu public aujourd’hui à l’occasion des conclusions des États-généraux. Mais sous la pression du ministère de l’Agriculture, sa présentation en public aurait finalement été annulée. Par son absence, Nicolas Hulot témoigne de son mécontentement et donne un signal fort. »

Pour le porte-parole de l’association, le fait que « le ministre de l’Agriculture refuse de prendre les problèmes de front est symbolique. Ce n’est pas de bon augure pour la suite. Nous sommes en attente d’une relance du plan Ecophyto afin de réduire l’usage des phytos. » Selon une autre source, une synthèse de ce rapport devait être publiée sur le site internet du ministère de l’Agriculture ce soir, sa publication complète demain. Il reste à voir si la sortie de ce rapport sera maintenue.

En attendant les arbitrages

Par ce geste, le ministre semble se désolidariser des conclusions des États-généraux de l’alimentation, qui lui ont échappé jour après jour. Les associations de la « plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire » (Confédération paysanne, FNH, FNE, WWF…) lui emboîtent le pas et s’en expliquent.

« Les décisions sur la phase sociétale et environnementale sont reportées à plus tard, détaillent-elles dans leur communiqué. Nous attendons des mesures concrètes avec des calendriers et des moyens. Sur l’agriculture biologique, par exemple, aucun objectif ambitieux est posé, ni aucun soutien financier. De même sur la sortie des pesticides, ou la lutte contre les contaminants chimiques. »

La montée en gamme de l’offre agricole, portée par les plans de filières, ne semble pas de nature à rassurer les associations environnementales. Trop d’incertitudes, pas assez d’actes pour l’instant. En attendant d’y voir plus clair, ce qui ressemble bien à un coup de sang de la part de Nicolas Hulot vient acter son divorce avec Stéphane Travert. Il reste toutefois à savoir, dans cette histoire, ce qui relève des décisions de ce dernier et des arbitrages de l’Élysée…

Alain Cardinaux