En marge de l’inauguration du Salon de l’agriculture, samedi 25 février, le président de la République a ouvert un colloque consacré à l’avenir de l’enseignement agricole. « Le secteur s’est considérablement diversifié et développé », a-t-il souligné à cette occasion, notant un rôle devenu primordial avec le temps : « irriguer le milieu rural ».

« Dans nos établissements, la mission d’enseignement et de formation passe presque en second plan par rapport à celle d’animation du territoire, a confirmé François Paliard, président du Cneap (enseignement privé). Je le dis souvent aux lycées que je visite : vous n’avez de raison d’exister en tant qu’organisme de formation que si vous êtes indispensables à votre territoire ! »

Partenariats locaux

Sur le terrain, cela se traduit surtout par une culture de partenariats avec des acteurs locaux. « Cette question est au cœur du réacteur, a expliqué Anne Detaille, directrice du lycée de Pau-Montardon. Ce sont les partenariats qui nous ancrent dans le territoire. Cela exige de nous que nous soyons toujours en veille auprès des collectivités et des professionnels. Que nous soyons présents dans les temps forts du territoire et que nous gardions ouverts nos établissements aux professionnels ou aux associations. Et dans nos gouvernances, que nous soyons capables de recueillir les attentes de chacun pour les transformer en expérimentations et innovations, afin de maintenir un lien. »

Également président du lycée de Ressins, dans la Loire, François Paliard a témoigné en tribune de « trente ans de partenariats » entre son établissement et les collectivités territoriales. Exemple des fruits récoltés : l’ouverture d’une salle polyvalente « qui sert 365 jours par an, au lycée ainsi qu’aux petites communes rurales ». Autre illustration avec la profession agricole pour monter un atelier de transformation de viandes.

« Nous avons aussi une cantine, avec une société de restauration collective qui s’approvisionne sur notre exploitation et chez des producteurs locaux, et qui en fait profiter les petites écoles du coin. » Et le président du Cneap d’insister aussi sur la nécessité d’ouverture : « Notre établissement a accueilli 450 groupes différents l’année dernière ! C’est ce qui permet de faire vivre le territoire, autant que le lycée. »

Formations agricoles minoritaires

La réponse aux attentes des territoires passe aussi par une adaptation des formations et une diversification vers de nombreux autres métiers que celui d’agriculteur : agroalimentaire, services à la personne, tourisme… De la 4e au BTSA, les formations attachées à la production ne regroupent en fait que 24 % des effectifs totaux des établissements publics et privés. La majorité des élèves suivent un enseignement général (32 %). Puis viennent les services aux personnes où aux territoires (29 %) et l’aménagement de l’espace et la protection de l’environnement (12 %). Dans les établissements catholiques, le secteur des services représente 55 % des effectifs !

Pas question pour autant d’abandonner le tronc historique de formation aux métiers de l’agriculture. « Nous avons besoin des établissements pour relever le défi du renouvellement des générations », a rappelé Jeremy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs (JA), avant d’appeler à de meilleures relations entre les formateurs des lycées et ceux des chambres d’agriculture.

Alain Cardinaux