Qui a dit que les lobbies n’avaient plus leur place au sommet de l’État ? Les grands patrons de l’énergie et de l’industrie étaient invités à s’exprimer devant Emmanuel Macron ce mercredi 24 octobre après-midi. En signe de protestation, d’autres pouvant être considérés comme lobbyistes, en l’occurrence Réseau Action Climat et Greenpeace, ont tenu de leur côté une réunion sous haute surveillance dans les jardins des Champs-Élysées, à deux pas du Château.

Deux scènes, deux ambiances

D’autant que cette consultation de l’exécutif intervient au lendemain de l’annonce du report de la présentation de la nouvelle PPE, feuille de route des énergies françaises pour les dix prochaines années. De leur côté, les associations critiquent déjà une future PPE dictée du sommet de l’État, sans considération des travaux de terrain, parlementaires ou menés au sein des territoires.

Report à la mi-Novembre

D’après des informations obtenues par Le Figaro, la présentation qui devait avoir lieu initialement le 30 octobre serait repoussée à la mi-novembre, « peut-être le lundi 12 », soit après le déplacement du président de la République dans le Grand Est pour commémorer le centenaire de la fin de la première guerre mondiale. Ce serait « dans le courant de novembre », selon la secrétaire d’État à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon. Seule certitude, le dossier semble bel et bien pris en main par l’Élysée.

Emmanuel Macron recevait ce mercredi plusieurs dizaines d’acteurs dont ceux de l’énergie, comme EDF, Engie, Total mais aussi Neoen et Akuo, etc. Les industriels comme Bouygues, Vinci, Air Liquide, Schneider, Saint-Gobain et les constructeurs automobiles PSA et Renault étaient aussi conviés, tout comme certains organismes de recherche tels le CEA et le CNRS. Ministres de la Transition écologique, de l’Économie, de la Recherche et de l’Innovation étaient aussi de la partie.

Les ONG ou les organisations professionnelles ne semblaient pas figurer autour de la table présidentielle. Non conviées à cette réunion, certaines comme Réseau Action Climat et Greenpeace ont organisé une contre-réunion « au vert » à proximité de l’Élysée. De son côté, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a fait le point sur ce dossier lors d’une rencontre mercredi soir avec des députés du groupe La République en marche.

« Stratégie de transformation »

Ce 25 octobre, une réunion ministérielle devait être également consacrée à la PPE, en présence du Premier ministre, des ministres de la Transition écologique, de l’Europe et des Affaires étrangères, des Armées, de l’Économie, de l’Action et des Comptes publics, et de la Recherche et de l’Innovation.

La PPE ne semble donc pour l’heure pas finalisée. « Le ministre d’État a confirmé que les arbitrages définitifs sur la PPE n’ont pas encore été rendus et qu’elle serait présentée en novembre », a rapporté à Reuters le député Matthieu Orphelin (LREM).

Les arbitrages mis sur la table concernent la réduction des émissions de dioxyde de carbone liées à la consommation d’énergie, la maîtrise de la facture énergétique de tous les Français, le “made in France” des nouvelles solutions énergétiques bas carbone et les enjeux de souveraineté liés à l’énergie. Ce serait donc par ces prismes que se déciderait notamment l’avenir des énergies renouvelables et du nucléaire. Seul élément de langage ayant fuité de l’exécutif, l’Élysée orienterait la politique sur le nucléaire vers sur une « stratégie de transformation » de l’atome.

Dans un contexte où la nouvelle PPE doit s’accommoder des objectifs de la loi sur la transition écologique, notamment de ramener la part du nucléaire à 50 % de la production électrique d’ici à 2025, Emmanuel Macron cherche des pistes pour aller dans ce sens, sans déstabiliser l’industrie. Pour mener à bien cette « transformation », il pourrait scinder les activités d’EDF de façon à protéger l’entreprise publique et le développement du programme EPR, et « en même temps » procéder à la programmation de l’arrêt de plusieurs réacteurs. Mais tout cela prendrait du temps. Un temps qui rendra peut-être même nécessaire le vote d’une loi sur la transition énergétique repoussant les objectifs donnés en 2015.

Vincent Gobert