Comment répondre aux enjeux énergétiques et climatiques en France ? La stratégie française pour l’énergie et le climat est censée définir la voie. Elle entre dans sa phase finale, avec la mise en consultation, jusqu’au 19 février 2020, de ses deux composantes : la stratégie nationale bas carbone et la programmation pluriannuelle de l’énergie. Présentée en novembre 2018, cette stratégie a été ajustée depuis pour prendre en compte divers avis reçus.

Faire évoluer l’agriculture et la demande alimentaire

La stratégie bas carbone (SNBC) dessine la feuille de route de la France pour atteindre l’objectif de neutralité en carbone en 2050. Elle se décline secteur par secteur. Pour l’agriculture, il s’agit notamment de « réduire les émissions du secteur agricole en développant l’agroécologie, l’agroforesterie et l’agriculture de précision et augmenter le stockage de carbone des sols via des changements de pratiques et une diminution de l’artificialisation des sols ». Mais aussi de développer la bioéconomie, et « faire évoluer la demande alimentaire vers des produits de meilleure qualité » et « développer l’agriculture biologique ».

Quatre fois plus de biogaz

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe la trajectoire énergétique de la France pour les dix prochaines années. Elle s’appuie sur une baisse de 20 % de la consommation d’énergie en France, essentiellement dans les secteurs du bâtiment et des transports, et sur la montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix énergétique (jusqu’à 33 % en 2030). Elle fixe pour cela des objectifs ambitieux pour le développement de l’électricité, la chaleur et le gaz renouvelables, ainsi que pour les biocarburants.

Pour la production de chaleur, les valorisations issues de la biomasse et du biogaz sont ainsi appelées à se développer (jusqu’à tripler ou quadrupler pour le biogaz d’ici à 2028), de même que le solaire thermique, notamment dans le milieu agricole. Du côté des transports, l’utilisation de « biocarburants avancés », issue de la biomasse non alimentaire, sera favorisée.

Photovoltaïque au sol

Pour le volet de l’électricité, la PPE veut faciliter, entre autres, le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Une opportunité pour l’agriculture ? Pour certains, oui, mais cela risque d’être au détriment du bien commun que constituent les sols agricoles, puisque le gouvernement mise sur le développement « de grandes centrales au sol ».

En effet, la synthèse du projet de PPE indique que « c’est la filière la plus compétitive, en particulier par rapport aux petits systèmes sur les toitures, et que de grands projets (> 50 MW) se développeront progressivement sans subvention, venant modifier la taille moyenne des parcs à la hausse ».

Voilà de quoi mettre encore plus la pression sur le foncier agricole, même s’il est précisé que « le gouvernement veillera à ce que les projets respectent la biodiversité et les terres agricoles et forestières, en privilégiant l’utilisation de friches industrielles, de délaissés autoroutiers, de terrains militaires ou encore la solarisation de grandes toitures, qui deviendra progressivement obligatoire.

B. Lafeuille