C’était le moment le plus attendu de la campagne présidentielle. Alors que le nom du futur président de la République sera connu au soir du second tour, le 24 avril 2022, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont débattu autour de plusieurs thématiques le 20 avril.

Devant les caméras et pendant près de 3 heures d’échange, ils n’ont évoqué les questions agricoles et alimentaires qu’à trois instants.

  1. Chèque alimentaire versus suppression de la TVA

    Premier thème, le pouvoir d’achat a lancé le débat entre les candidats. Emmanuel Macron y a défendu sa proposition d’un chèque alimentaire pour « les étudiants, les modestes et les ménages qui en ont le plus besoin et qui sont à l’euro près ». Une mesure qui ne concernerait que des produits français et qui pourrait être mise en œuvre dans l’année de son éventuelle réélection, selon les mots de Julien Denormandie du 17 avril 2022.

    De son côté, Marine Le Pen préfère supprimer la TVA sur les produits de première nécessité, dont des produits alimentaires.

    Les deux candidats se sont renvoyés la balle en jugeant le dispositif de leur adversaire « inefficace » pour améliorer le pouvoir d’achat. « Votre baisse de TVA va aller beaucoup plus aux grands distributeurs qu’aux consommateurs. Et en plus, elle est injuste, car vous et moi, on n’a pas besoin de payer zéro de TVA sur ces biens », a lancé le président de la République. La candidate du Rassemblement national s’est défendue en estimant le chèque proposé par Emmanuel Macron comme « inflationniste » n’empêchant pas « les commerçants de maintenir les prix hauts ».

  2. Prise de becs sur le poulet brésilien

    Lors du thème du débat consacré à l’Union européenne, Marine Le Pen a affiché son opposition au dispositif mis en place pour les travailleurs détachés et à « la multiplication des accords de libre-échange où on vend des voitures allemandes en sacrifiant des éleveurs face à la concurrence des poulets du Brésil ou du bœuf du Canada ».

    La députée a aussi montré son désaccord avec la stratégie « De la ferme à la fourchette » de la Commission européenne qu’elle accuse de « baisser de 10 à 20 % la production agricole européenne au moment où le monde est en train de faire face à une crise alimentaire qui va voir un certain nombre de pays probablement victimes d’émeutes de la faim ».

    En réponse, Emmanuel Macron n’a pas hésité à voler dans les plumes de celle qui lui faisait face. « Sur les poulets brésiliens, je veux vous informer que la France s’est opposée au Mercosur, parce que j’ai justement porté une clause miroir. Nous avons refusé d’avancer sur ce dossier parce qu’il n’y avait pas de respect des engagements de Paris, du respect de la biodiversité ». « Et on a d’ailleurs lutté contre la déforestation importée grâce à l’Europe et pour nos agriculteurs », a-t-il surenchéri.

    Concernant la stratégie « De la ferme à la fourchette », le président candidat a partagé le constat de Marine Le Pen tout en tenant à l’« informer » que la position française était de considérer que ces baisses de production ne sont plus « adaptées au contexte actuel ».

  3. Deux visions de l’environnement

    La séquence consacrée à l’environnement a continué de parachever les oppositions des candidats. L’un qualifiant son adversaire de « climato-sceptique » tandis que cette dernière l’accusait d’être « climato-hypocrite ».

    Une fois passé ce tir croisé, Marine Le Pen a développé sa stratégie du « localisme » pour lutter contre le réchauffement climatique. « J’ai conçu mon projet sur la relocalisation des productions et des activités », a-t-elle indiqué. Plaidant en faveur du « patriotisme économique », la candidate souhaite « faire en sorte que les collectivités, l’État, la restauration collective s’engagent à acheter des produits français, mais pas du bio, puisqu’il y a du bio étranger dont les normes sont moins précises et moins sévères que le bio français ».

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    Marine Le Pen a ensuite enchaîné sur la souffrance animale : « Le modèle du libre-échange est un modèle qui fait beaucoup de mal aux animaux Lorsqu’on accepte des circuits où des bêtes naissent en France, sont transportées dans des camions dans des conditions éprouvantes et douloureuses à des centaines de kilomètres pour être engraissées puis de nouveau transportées à des centaines, voire des milliers de kilomètres pour être abattues, c’est un modèle insensé. »

    Détaillant sa stratégie pour lutter contre le réchauffement climatique, Emmanuel Macron a, quant à lui, précisé qu’il entendait vouloir « accompagner la transition agricole par investissement et non par injonction pour réduire leurs émissions ».

> À lire aussi l’analyse des programmes agricoles des deux candidats sur notre site :

Alexis Marcotte