Pas encore candidat officiellement à sa propre succession, Emmanuel Macron a esquissé une première proposition de ce que pourrait ressembler son futur programme agricole.

Avec un agenda fortement bousculé par la situation internationale et la guerre en Ukraine, le président de la République a effectué une visite plus courte qu’à l’accoutumée au Salon international de l’agriculture qu’il a inauguré ce 26 février 2022.

Un objectif de 20 000 installations par an

Avant de s’éclipser juste avant l’arrivée du public à 9 heures, il s’était adressé dans un discours aux représentants de la profession agricole. « Nous avons encore beaucoup de chantiers. Et de manière certaine, il nous faudra bâtir un grand texte d’orientation et d’avenir agricole », leur a-t-il annoncé à moins de 50 jours du premier tour de l’élection présidentielle.

L’ambition de cette loi serait de réussir le renouvellement des générations alors que selon les premiers résultats du recensement décennal agricole de 2020, près de 60 % des exploitants ont plus de 50 ans. « Pour les années à venir », le président de la République espère 20 000 installations de jeunes chaque année. En 2020, il y a eu 12 500 installations. Un chiffre en baisse de 6,7 % par rapport à 2019.

Renforcer la formation

Pour atteindre cet objectif, Emmanuel Macron entend « renforcer la formation » de l’enseignement agricole. Il a également annoncé que « des systèmes de portage [sont] à inventer pour faciliter l’installation de nos jeunes ». Une déclaration qui fait écho à ce qu’il avait déclaré à l’événement Terres de Jim le 10 septembre dernier en annonçant qu’un fond de portage avec la participation des Safer était en préparation.

« Je sais que je pourrai compter sur vous : formations, portage, valorisation… Ce renouvellement des générations, c’est un défi qui nous concerne tous », a-t-il conclu auprès des représentants professionnels.

Impatience et doutes du côté des syndicats

Interrogé par La France Agricole, Samuel Vandaele, président de Jeunes Agriculteurs (JA), attend avec impatience cette future loi d’orientation et d’avenir agricole proposée par le président de la République. Il souhaite la voir articulée autour de 5 axes : l’installation, la transmission, la formation, le foncier et l’innovation. Des thématiques sur lesquelles le syndicat souhaite interpeller les candidats en visite à la Porte de Versailles sur son stand.

Si ce texte qui reste pour l’instant qu’une promesse d’un presque futur candidat, Samuel Vandaele regrette que cette proposition ne soit pas arrivée « plus tôt ». Il reste satisfait que celle-ci arrive « enfin ». Il table lui aussi sur 20 000 installations par an dont la moitié avec des aides à l’installation et l’autre moitié sans aides reposant essentiellement avec des personnes en reconversion professionnelle.

Du côté de la Confédération paysanne, les avis sont tout autres. « Ce qui nous inquiète, dans cette idée de « loi d’avenir », c’est qu’il y a un mélange entre installation/transmission et « troisième révolution agricole » (numérique, robotique, innovation) » a déclaré Nicolas Girod à La France agricole.

Pour le porte-parole du syndicat, innovation/robotique/numérique ne vont pas de pair avec des installations nombreuses. « C’est plutôt dans une logique entrepreneuriale, avec des fermes très grandes pour amortir ces investissements conséquents, et avec beaucoup de salariés. Ce n’est pas dans une logique d’emploi paysan. » Nicolas Girod réclame un « droit au revenu » et une régulation des volumes et des marchés ainsi qu’une « une grande loi foncière ».

Un texte qui doit se donner l’ambition de « découper des fermes trop grandes pour les projets des nouveaux installés ». « Le problème d’une loi globale, c’est qu’il y aurait un semblant de loi foncière, pas assez forte pour l’enjeu de préservation et de répartition des terres », a-t-il conclu.

Le TO-DE « continuera d’être utilisé »

A l’occasion de son discours, Emmanuel Macron a aussi vanté les bienfaits du dispositif TO-DE d’exonération de charges sociales pour l’emploi de travailleurs saisonniers reconduit provisoirement jusqu’au 1er janvier 2023.

« Je vais vous dire les choses de manière simple, compte tenu du contexte, je pense que personne n’a inventé un instrument plus adapté, plus lisible. Il continue d’être essentiel, donc il continuera à être utilisé. » Des mérites suffisants pour intégrer le maintien définitif du dispositif comme promesse de son futur programme ?

D’autres candidats dévoileront le leur lors du salon qui ferme ses portes le 6 mars 2022. À l’heure actuelle, seul Jean-Luc Mélenchon a déclaré publiquement qu’il n’y participerait pas.

Alexis Marcotte, Raphaëlle Borget et Vincent Guyot